Le Pont des Anges.

Philippe Le Guillou nous raconte l’histoire du pape Clément XV, un cardinal irlandais, qui arrive à la tête de l’église catholique alors que nombre d’évèques parmis ceux réunis en conclave à la chapelle Sixtine, le regardent d’un mauvais oeil parce qu’il n’est pas italien et que d’autres encore prisent cette confortable place. Chacun des cardinaux y va de ses intérêts et dès le début de son pontificat Clément XV se fait des ennemis. Dès le début aussi de cette haute fonction le nouveau pape se heurte à un protocole sévère que le maître des cérémonies entend lui imposer. Mais Clément XV n’a cure de tout cela et d’emblée, et au grand scandale de toute la compagnie impose ses propres choix. Ce comportement indépendant, le pape le gardera tout le long de son pontificat car c’est un homme de conviction qui n’agit que comme il pense. C’est ainsi qu’il ira se promener au milieu des pauvres ainsi que sur les bords du Tigre pour contempler le Pont Saint Ange sur le parapet duquel sont sculptés de magnifiques anges portant les instruments de la Passion. On l’aura compris ce pape veut garder une certaine liberté et c’est ainsi qu’il va rendre visite régulièrement à un dramaturge gravement malade, obligé de rester couché: l’homme de pierre. Il donnera également beaucoup d’ouvrages à réaliser à un peintre célèbre. Ces deux hommes vivent tout à fait en dehors de la foi, néanmoins Clément XV les cotoient  avec plaisir.

Extrait: Au prosélytisme et à la coercition, le pape préférerait toujours la liberté des consciences, la tolérance, l’ouverture, et la rencontre librement consentie. Aucune religion n’avait à imposer sa loi et sa vision du monde, aucune. Aucune société n’avait à s’emparer d’une religion pour tenter de l’imposer aux autres et au monde.

Ponte_St._Angelo

Le Palanquin des larmes de Chow Ching Lie

« Je suis née dans la Chine de la misère et des larmes. Petite fille, j’ai souffert et pleuré de bonne heure. J’étais jolie: ce n’était pas un mérite, ce fut une malédiction. Laide et difforme, je n’aurais sans doute pas été mariée de force à l’âge de 13 ans. Mais mon malheur ne vint pas de ma seule beauté: il était à l’image d’un vaste pays, où il ne faisait pas bon vivre, où il n’était surtout pas bon de naître si l’on avait l’infortune d’être une fille. »

Dans la Chine d’autrefois la jeune fille qui se mariait montait dans la palanquin fleuri que l’on nommait le palanquin de la joie. Pour Chow Ching Lie, ce sera le palanquin des larmes car ses parents pour la protéger de la pauvreté et parce qu’elle est trop jolie, la marient de force à l’âge de 13 ans à un homme riche, mais insignifiant et sans éducation.

Le mariage, somptueux, est conduit selon la coutume chinoise qui impose tout un cérémonial lourd, fatiguant et même humiliant par certains côtés. On fait fit des souhaits, de l’épuisement des mariés.

Chow Ching Lie se trouve alors confrontée à sa belle famille, particulièrement à sa belle-mère qui fait montre à son égard de la plus grande dureté, et qu’elle est obligée de servir comme l’exige la coutume chinoise. Pourtant, nul ne s’oppose à ce qu’elle continue ses études y compris l’apprentissage de la musique, car Ching Lie aime passionnément le piano dont elle joue merveilleusement. Ce don exceptionnel la conduira à devenir une très grande pianiste, mondialement reconnue.

A l’âge de 14 ans elle met au monde son premier enfant qui se révèle être un garçon et qui lui vaut un retournement de faveurs de la part de sa belle-mère.

C’est un livre qui m’a beaucoup plu, car l’auteur nous fait entrer dans la vie de la chinoise d’autrefois, humiliée et bafouée, n’ayant aucun droit à la parole, maintenue dans une soumission totale. Mais l’histoire de Ching Lie est aussi étroitement liée à celle de la Chine de l’époque avec tous ses bouleversements politiques: la Libération, les Cent Fleurs, le Grand Bond en avant, avec aussi l’arrivée au pouvoir de Mao Tsé Toung qui libérera la femme en interdisant les mariages forcés, le meurtre des nouveaux-nés, ainsi que l’abus de pouvoir de la belle-mère.

Ching Lie raconte son histoire sans aucune amertume, ni colère. Chinoise, faisant partie intégrante de son pays, elle comprend ce qui s’y passe, elle s’adapte à toutes les situations et garde pour elle ce qu’elle pense.

De Marcel Granet  » Dès qu’elle sait parler, on l’oriente vers une destinée de soumission en lui apprenant à dire oui sur le ton humble qui convient aux femmes ». C’est là précisément la destinée que Mao Tsé-Toung est venu renverser: » Les femmes dit-il, portent sur les épaules la moitié du ciel et elles doivent la conquérir. »

Chow Ching Lie

Poupée volée de Eléna Ferrante.

Professeur d’université, Léda est une femme élégante, cultivée, brillante, pourvue d’une forte personnalité. Elle donne l’impression de la femme accomplie faisant envie aux autres, séduisante et capable de séduire encore à quarante huit ans.

Pourtant quelque chose ne va pas.

En vacances, sur la plage, elle rencontre une famille de napolitains, qui lui rappelle la sienne de laquelle elle s’est échappée, la trouvant trop rustre. Une jeune femme attire spontanément son attention, qui semble se démarquer du reste du groupe. C’est une mère avec sa fille. A les regarder s’amuser ensemble à la poupée, elle se souvient de la période lointaine où elle éduquait ses filles, période heureuse et malheureuse à la fois. Elle décide de se rapprocher de Nina et écoute ses confidences. Toutefois, l’idée saugrenue de voler la poupée de la fillette la saisit malgré la souffrance que cette perte cause à l’enfant. Elle poursuit ses reflexions douloureuses, se souvenant du malaise qu’elle éprouvait dans son rôle de mère, souffrant de l’enfermement que représentait pour elle la maternité, préférant finalement partir en abandonnant ses filles, pour se mettre en quête d’elle-même, connaître enfin qui elle était, ce dont elle était capable.

Ce que j’en pense

J’ai aimé cette histoire. Léda se raconte elle-même sans détours, en regardant sa vie en face, dans une introspection lucide et honnête. 

Son caractère est ambivalent. Prise dans une sorte de délire, tantôt elle adopte un comportement sympathique, tantôt un comportement odieux. Il n’est pas aisé de  comprendre ses réactions, on ne peut que chercher le pourquoi et deviner.

Extrait:

Je posai la poupée sur mes genoux pour qu’elle me tienne compagnie, en quelque sorte. Pourquoi l’avais-je prise?

Naples

Marie Stuart par Stéfan Zweig.

Marie Stuart a t-elle été martyre ou criminelle?

La vie de Marie Stuart, comme celle toutes les reines de l’époque, est intimement liée à la politique. Son bonheur, sa volonté n’existent pas pour elle à côté des intérêts du monde.         « La politique ne s’occupe jamais des sentiments, mais de couronnes, de pays, de droits d’héritage. 

Marie Stuart vit toute sa jeunesse en France où elle devient reine en épousant François ll à l’âge de 17 ans. Elle en revient rapidement après le décès de son mari, pour tomber en pleine guerre des religions. En effet, protestants et catholiques s’affrontent. Elle fait face aussi à Elizabeth l qui tient absolument à garder son trône alors que la reine d’Ecosse à des prétentions pour la couronne d’Angleterre. Les deux femmes combattent l’une contre l »autre durant toute leur vie dans le seul but de protéger leurs intérêts personnels. Tout ceci est un méli-mélo d’intrigues, de calculs, de manipulations. Tout ne tourne qu’autour du pouvoir qu’il faut absolument garder.

Un jour cependant, Marie Stuart rencontre Lord Darnley dont elle tombe amoureuse et qu’elle épouse pour se rendre compte quelque temps plus tard que cet homme est un sot.

Plus tard encore elle devient l’amante d’un de ses conseillers: Bothwell, alors qu’elle est toujours mariée. Alors que faire du mari encombrant? Et bien on décide de le supprimer. et c’est ce qui se fera de la main de Bothwell, et avec la complicité de la reine d’Ecosse qui ira le chercher elle-même dans son château.

Après ce crime odieux,la vie de Marie Stuart devient un enfer. Bothweil fuit. Quand à elle , elle n’a d’autre alternative que de se tourner vers la reine d’Angleterre pour trouver un quelconque secours, mais celle-ci  emploie la ruse pour l’attirer chez elle dans l’unique but de la neutraliser complètement. Et en effet, la reine d’Ecosse restera captive pendant vingt ans, sans possibilité d’exercer le mondre pouvoir.

Mais elle est toujours en vie et représente donc toujours une menace pour Elisabeth qui se met à comploter contre sa rivale pour la faire tomber définitivement. Marie Stuart sera décapitée en 1587.

Commentaire:Intéressante lecture. L’auteur raconte en détail la vie et le comportement de Marie Stuart, et de la reine d’Angleterre, le climat politique, religieux, les calculs, les manipulations, les complots, les chatiments, la souveraineté des reines et leur puissance. Un monde cruel, tant pour ceux qui exercent le pouvoir que pour ceux qui le subissent.

Marie_Stuart

Inconnu à cette adresse par Kressmann Taylor.

    Premier livre de Kathrine Kressmann Taylor dans lequel elle raconte par le biais d’une correspondance épistolaire l’amitié de deux amis dans l’entre deux guerres.

    Max est américain et juif, Martin est allemand. Ils sont tous deux associés dans une affaire de vente de tableaux qui fonctionne bien. Au début de cette correspondance, le ton des lettres est cordial, sympathique, on sent qu’il y a là une amitié véritable qui lie les deux hommes. Mais la situation de l’Allemagne est fragile, la nation ne s’est pas relevée de la défaite qu’elle a essuyé lors de la première guerre. Et justement un homme puissant se lève qui prétend rendre au pays sa splendeur d’autrefois et assurer le redressement de son économie. Martin qui occupe une situation privilégiée dans la société  croit en Adolph Hitler et s’engage à fond dans le nazisme, convaincu que le Furher est la solution à tous les problèmes du peuple allemand. Et qu’importe tout ce qu’il entend dire au sujet des juifs.Dans ces conditions, et petit à petit, le ton des lettres change, Martin finit par dire à son ami qu’il ne veut plus correspondre avec lui, qu’ il ne veut plus avoir à faire avec un juif.

    Cependant la soeur de Max qui est commédienne va se produire à Berlin, mais au bout d’un certain temps ne donne plus de nouvelles. La dernière lettre qu’il lui a envoyé lui est retournée avec la mention : »inconnu à cette adresse« . Inquiet Max décide d’écrire à nouveau à son ami malgré l’interdiction, pour le supplier de
secourir sa soeur; mais ce dernier lui répond sur un ton froid et une indifférence notoire que sa soeur a disparu dans des conditions tragiques. Désormais, fou de douleur, et comprenant que Martin ne se soucie plus de lui, Max entreprend de poursuivre sa correpondance en dépit du danger qui menace Martin.

 

     Ce que j’en pense:

J’ai trouvé ces lettres poignantes particulièrement par leur contenu. La situation de Max et au-dela de lui, celle des juifs donne à espérer que son appel au secours sera compris, entendu. Que Martin ne peut pas faire autrement que de répondre positivement. Mais il n’en est rien. Martin ne pense qu’à lui, à sa famille, à sa situation. On ne peut que le trouver odieux. Pourtant lui-même se trouve enfermé dans le piège du nazisme qu’il a suivi, auquel il a cru, auquel il a donné beaucoup. Les supplications qu’à son tour il envoie à Max pour qu’il arrête cette correspondance assassine restent lettres mortes.

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Madame la Colonelle de Somerset Maugham.

Recueil de vingt quatre nouvelles aussi intéressantes les unes.que les autres.  L’auteur nous fait entrer dans la vie de personnages divers et chaque histoire est contée avec beaucoup de suspens. Le style est fluide et très agréable. Une bonne lecture.

Madame la Colonelle. ou la méconnaissance de l’autre.

Elle a déjà quarante cinq ans, sans attrait particulier. Elle parle à peine à son mari  tant elle est convaicue que ce dernier ne s’intéresse pas à elle ni à ce qu’elle fait. Lui est très fort, installé dans une vie très confortable, il est au-dessus des autres y compris au-dessus de sa femme qu’il méprise profondément. Cela fait longtemps qu’elle a cessé de l’intéresser.

Mais arrive dans la maison un paquet qui contient un livre que sa femme a écrit. Tiens c’est étonnant!  Il prend tout de même le temps de lire cette oeuvre, mais davantage par obligation que par intérêt parce que d’emblée pense-t-il, sa femme n’a  pu produire quelque chose de valable. Ce qu’il lit ne lui dit rien de prime abord, alors il sort. A sa grande surprise tous ceux qu’il rencontre lui parle  de sa femme, de ce qu’elle a écrit. C’est quelque chose d’extraordinaire, n’est-il pas fier d’elle? Le louanges sont telles qu’il se penche à nouveau sur le livre et découvre finalement que sa femme a relaté sa vie en parlant d’un évènement qu’il n’aurait jamais soupçonné, une relation antérieure qui chatouille son amour propre.. Comment doit-il réagir? L’avocat qu’il consulte et qui connait bien Evie et le livre qu’elle a écrit, le dissuade de faire des histoires, lui rappelle qu’en dépit de tout, son épouse est quelqu’un de bien. Mais s’est-il jamais intéressé à elle? 

Extrait: Mais tout de même, il y a une chose que je ne comprendrai jamais aussi longtemps que je vivrai: qu’est-ce qu’il a bien lui trouver de si fascinant?

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