Les Bouts de bois de Dieu

Ousmane Sembene, écrivain et cinéaste sénégalais, né en 1923 et décédé en 2007.

D’après une coutume africaine, on compte les Bouts de bois, plutôt que les vivants pour ne pas abréger le cours de leur vie.

Cette histoire vraie relate la lutte longue (5 mois), difficile et extrêmement dure des cheminots de la ligne Dakar-Niger, en 1947, pour obtenir les mêmes droits que les ouvriers blancs. Ils font face à la faim, au dénuement le plus extrême, au mépris odieux des colons, à leur violence. Les femmes se mettent également en mouvement bien que cette société fonctionne de manière patriarcale. Elles agissent  et combattent, d’abord en soutenant leurs maris, puis en entreprenant une longue marche jusqu’à Dakar.

Tous ces efforts cumulés, cette lutte douloureuse et cette persévérance finiront par être récompensés car les colons devront céder.

On ne peut être qu’admiratif  de ce courage, de cette force morale, dans cet environnement  hostile, qu’ont montré ces ouvriers pour atteindre leur but, et choqué du comportement ignoble et révoltant des colons..

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L’archipel d’une autre vie.

Andrei Makine, né à Kranoiarsk, en Sibérie, naturalisé français, élu à l’Académie française.

L’histoire se passe dans l’Extrême-Orient russe. Cinq réservistes ont pour mission de capturer un fugitif dans la taïga. Ils partent, sûrs d’eux mêmes, convaincus que cette traque ne durera pas longtemps car l’évadé a peu de chance de s’en sortir dans cet environnement inhospitalier.

Pourtant l’individu leur échappe en permanence, jouant avec eux, déjouant tous leurs pièges. Quel est-il? Un jour ils le découvrent et tandis que certains d’entre eux jurent d’avoir sa peau, d’autres comme Vassine et Gartsev décident de l’aider.

La dureté du climat, l’hostilité de cette nature sauvage jouent en faveur de l’évadé que Gartsev rejoint après l’abandon forcé de ses compagnons.

A partir de cet instant il s’agit bien d’une autre vie, une vie faite de silence, d’harmonie, loin de l’agitation des hommes de leur violence, de leur cruauté  auxquelles Gartsev n’a aucune part, une autre vie proche de la nature, faite d’expédients au milieu de paysages grandioses, magnifiques qu’il faut toutefois dompter pour pouvoir survivre. Pour Gartsev c’est cela la vraie vie.

Iles Chantar

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Héritiers de l’avenir.

Henri Troyat couvre dans cette grande œuvre, une période d’une soixantaine d’années d’histoire de la Russie. Il y est question de l’abolition du servage par Alexandre II, des soulèvements d’étudiants contre le régime en place, de l’assassinat du tsar… Sont évoqués Lénine, Tolstoï, Pouchkine…

Klim est serf et vit sous Alexandre II, le grand tsar des réformes qui a aboli le servage et vendu la terre aux paysans. Il sait lire et écrire car il a été élevé avec le bartchouk, le fils du barine auquel il est entièrement dévoué.  Intelligent, fin, sensible, il tient un cahier dans lequel il transcrit tout ce qu’il vit, un cahier qui lui tient de compagnon de route.

Klim en tant que serf n’ayant aucun droit, son maître l’oblige un jour à suivre son fils Vissarion à Moscou pour lui servir de domestique. Klim, malgré sa nouvelle liberté ne proteste pas, habitué qu’il est à obéir aveuglément. Du reste il continuera longtemps à se conduire comme un serf, tant il faudra de temps pour changer les mentalités; autant celle des serfs que celle des seigneurs. En effet, Vissarion, fort de ses origines nobles, et malgré sa lutte contre le servage et toutes sortes d’oppression, se conduira toujours comme le maître de Klim, le rudoyant sans ménagement.

Vissarion est un être léger et frivole qui se laisse facilement persuader par Stopia de faire partie d’un mouvement social révolutionnaire. C’est une vie de clandestinité, d’errance et de fuite dans laquelle ils entraînent Klim et qui finira en Sibérie. Klim désavoue leurs actions meurtrières à l’encontre des têtes pensantes du régime, mais ne se permet pas de dire ce qu’il pense. En effet qu’est-il, lui, un ancien serf face à ces intellectuels?

On les retrouve finalement tous trois à Paris, déjà quelque peu âgés, semblables à eux-même. Klim toujours servant et écrivant dans son cahier; Vissarion et Stiopa toujours avec leurs idées révolutionnaires, mais force leur est de constater que non seulement ils sont de parfaits inconnus en France mais aussi que leurs idées sont dépassées. Ils vivotent dans leur pitoyable appartement entre discussions politiques et querelles.

Extraits: Quand je pense qu’il y a des imbéciles pour souhaiter la libération ds serfs!

Voilà! Depuis des siècles, ils se sont habitués à une soumission qui a pour contrepartie  la sécurité. Tout leur est mâché, peines et joies, besogne et nourriture…

Sais-tu ce que dit mon père? « Si tu aimes le moujik, évite d’en faire un homme! »

Je ne sais s’il plaira à Dieu de me faire encore voyager, mais je suis sûr que je n’oublierai jamais comment je suis venu de Smolensk à Moscou. Une bonne route, à travers un beau pays…

Le Moscovite d’Henri Troyat.

Le Moscovite est un jeune homme de vingt et un an, dont les parents ont émigré en Russie, sous la Terreur. Armand de Croué est de haute naissance et vit dans la famille Bérenizkoff depuis l’âge de trois ans. Quoique français il se sent profondément russe. Du reste, il parle cette langue aussi bien que la langue de Molière.

Alors, quand Napoléon et ses troupes entrent dans Moscou, un bouleversement le saisit. De quel côté doit-il se tourner? Armand est douloureusement partagé entre les sentiments qu’il éprouve pour la Russie, dans laquelle il a vécu depuis son enfance,et ceux qu’il éprouve pour la France dont il est issu, même s’il ne la connait pas.

Alors qu’il est obligé de fuir sa maison incendiée, Armand est secouru par une troupe de comédiens français, qui l’entraîne malgré lui, à prendre  partie pour la France. Il est aussi contacté par les autorités civiles, plus précisément par Barthélemy de Lesseps, l’oncle de Ferdinand, et alors intendant de Moscou, qui lui demande expressément de faire partie de conseils municipaux mis en place par Napoléon, ayant pour but, soi-disant, de secourir la population démunie de la ville. Cette requête le met mal à l’aise car il a alors le sentiment profond de trahir son pays d’adoption. « J’ai été élevé ici, Monsieur, dit-il fièrement. Les Russes m’ont toujours considéré comme un des leurs. Je ne voudrais rien faire qui pût être interprété comme une soumission à la volonté de l’ennemi déclaré de leur patrie. »

Plus tard en effet il est arrêté et emprisonné car on lui reproche sa trahison envers la Russie qui l’a éduqué et nourri. « La Russie vous a recueilli, vous a réchauffé, vous a instruit, poursuivit Rostoptchine en haussant le ton, et au moment le plus tragique de son histoire, vous l’avez trahie comme un vulgaire laquais prêt à changer de maître si on le paie mieux dans une autre maison! Je reconnais bien là l’esprit versatile, fourbe, égoïste de votre race. » Toutefois dans l’esprit d’Armand il n’y a pas de trahison, car les circonstances l’ont entraîné et contraint à faire des choix.

Blessé, offensé par les milieux russes Armand se décide à partir pour la France avec Nathalie Ivanovna et sa fille Catherine. Mais là aussi il est inquiété par les autorités qui lui demandent des explications sur ses agissements politiques: Est-il pour la France ou pour la Russie?

A travers l’histoire d’Armand, Henri Troyat retrace celle de la Russie à cette époque. Napoléon est perçu comme l’envahisseur, le tyran. Sont aussi relatés l’incendie de Moscou, la fuite de ses habitants, les pillages, la panique, la pagaille, la retraite tragique, les opinions et sentiments des belligérants, les histoires d’amour… Henri Troyat fait rentrer le lecteur dans cette partie de l’histoire qui a tant marqué les esprits. J’ai beaucoup aimé cette œuvre qui est très riche.

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Les deux amis de Yvan Tourgueniev

Un jeune homme de vingt-six ans, Boris Andréitch Viasarine quitte sa confortable carrière de fonctionnaire pour s’occuper de ses domaines. Mais à mesure que le temps passe, ce jeune homme, peu habitué à la vie campagnarde, et n’y trouvant que peu de goût, commence à ressentir de l’ennui. Il sort peu et vit retiré dans ses terres ce qui l’isole d’autant plus.

Un jour pourtant, le hasard lui fait rencontrer un de ses plus proches voisins, Pierre Vasilitch avec lequel il sympathise malgré leurs différences notoires. En effet Boris est intelligent, curieux, cultivé, tandis que Pierre manque de finesse, n’approfondit rien et ne se pose pas de questions. Toutefois un seul point les réunit, c’est leur droiture d’esprit.

Par la force des choses, les conversations manquent d’élévation jusqu’au jour où Pierre s’avise de proposer à Boris une épouse car il ne comprend pas, qu’en possession de ses belles qualités son ami reste seul.

Après donc plusieurs visites chez quelques jeunes femmes, Boris jette son dévolu sur Viéra Barçoukova, une jeune fille accomplie certes, mais modeste, simple et réservée. Hélas, avec le temps, Boris est obligé de se rendre compte que les avertissements de Pierre, qui lui  faisait remarquer que cette jeune femme n’était pas son égale, sont justifiés. Les lacunes intellectuelles de sa femme posent un vrai problème au couple , car par manque d’échanges spirituels, elles mettent à mal leur entente et entrainent un véritable ennui.  « Non, non, s’écria-t-il avec le poète, on n’attelle pas au même limon le cheval fougueux et la biche craintive. »

Alors pour sauver son couple, Boris décide de s’éloigner en faisant un petit voyage solitaire, mais malheureusement le destin lui étant contraire il ne revient pas. Le temps s’écoulant Viéra Barçoukova et Pierre Vasilitch qui n’avaient pas cessé leurs relations amicales, cèdent à leur entente de toujours.

 

Le Roi Mystère

Gaston Leroux.

Franchement ce livre ne m’a pas enthousiasmée. En fait c’est une réécriture du Comte de Monte-Cristo mais construit autrement. Ce n’est pas qu’il soit déplaisant, (l’écriture et le suspens sont agréables), mais décidément je n’aime pas les histoires de vengeance. Ceux qui appliquent la loi du Talion, dans ces romans, se conduisent d’une manière quasi aussi cruelle que les criminels auxquels ils reprochent leurs forfaits…

Certes on peut le comprendre, le Roi Mystère, à l’instar d’Edmond Dantès, a beaucoup souffert, mais tout de même…

Comme le Comte de Monte-Cristo, Robert Pascal possède beaucoup d’argent et ne lésine pas sur les moyens pour toucher à son but. Ses bureaux, très organisés, se trouvent dans les catacombes de la capitale, milieu fermé et secret d’où il dirige les opérations. Il a pour l’assister un grand nombre de personnes auxquelles il a rendu service en les tirant du bourbier.

Autant il est aimable avec certaines personnes, autant il se montre cynique, intraitable et sans pitié pour ses ennemis. Il attire la sympathie des uns, intrigue et inquiète ceux qui n’ont pas la conscience tranquille.

Surtout ne croyez pas, malgré une critique quelque peu négative, que ce livre n’est pas bon à lire. L’action est très bien menée, l’histoire est pleine de suspens et de rebondissements.

Et puis! Gaston Leroux n’est-il pas le créateur de Joseph Rouletabille?