Hommage aux pères

    Il est toutes sortes de pères: affectueux, attentifs, soucieux, mais aussi, distants, absents, autoritaires, suscitant à la fois la crainte et le respect.

    Ce petit livre: « Cher Papa«  de Ariane Charton rassemble plusieurs textes d’écrivains comme Victor Hugo, Verlaine, Tolstoï, Le Clézio…un petit bijou littéraire que j’ai trouvé tout à fait captivant.

 Extrait   « Après la mort de mon père, la vie prit un cours complètement différent. Je sortis de mon univers enfantin, un univers de sécurité et d’insouciance, pour pénétrer dans le monde de la réalité. A mes yeux, il ne fait aucun doute que la stabilité vient de l’homme de la famille. Tout le monde rit de la phrase : »votre père est le meilleur juge », mais cette affirmation représente un des traits caractéristiques de l’époque victorienne: le père, ce roc sur lequel la famille est fondée. Père aime la ponctualité des repas. Père ne doit pas être dérangé après dîner. Père voudrait jouer au piano à quatre mains avec toi. Tout ce que Père demandait était accepté sans poser de questions. »

Agatha Christie, Autobiographie.

Ce petit texte peut prêter à sourire certes, car nous ne sommes plus à cette époque, où le père faisait figure d’autorité, où tout un chacun, dans la famille,( y compris la mère,) s’inclinait devant sa volonté. Pourtant, cette autorité, aujourd’hui, malmenée, avait bel et bien sa raison d’être parce qu’elle permettait à chacun de trouver sa place dans la famille, puis, plus tard, dans la société. 

La main du père

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Paroles de Poilus

 Une lettre merveilleuse.

9 juin 1918.

Dis-toi bien qu’aucune parole, aucune marque de tendresse ne sera jamais capable de te prouver tant d’Amour que j’ai pour toi. Tu es ma vie, tu es ma joie, tu as illuminé mes jours et tu les a remplis d’un parfum qui enivre, un parfum qui fait aimer la vie, qui la fait trouver belle, même quand les circonstances sont dures ou quand on se sent devenir misanthrope. Petite Aimée, tu es la compagne que j’avais toujours rêvé d’avoir pour traverser la vie et je t’aime… Aimer c’est se donner corps et âme, c’est s’identifier à l’être aimé, c’est souffrir, aussi triompher de la joie de sentir un autre vibrer comme toi… Aimer… C’est tout ce qu’on peut s’imaginer de plus doux, de plus fort, de plus beau. C’est le sacrifice et la possession réciproque de deux êtres unis pour la vie… Ah, Chérie, dis-toi bien tout cela, et dis-toi bien que pour l’amour que j’ai pour toi, je me sens plus fort, je me sens meilleur et je me sens plus joyeux. Et puis je sais et je sens que tu m’aimes autant que je pouvais le désirer et tu as fais de moi un homme heureux et non pas heureux de ce bonheur béat et végétatif dont jouissent les moucherons et les tortues, mais du bonheur actif  puissant, fort et doux que l’homme peut convoiter sur terre.
Ma petite femme de chair, toi dont les baisers me rendent fort, ma petite femme d’esprit, toi dont j’aime toute la grâce, la générosité et la bonté profonde, je t’aime… je t’aime.
Je mords tes lèvres aimées et je bois dans ton baiser la force et le bonheur.

Georges Pétin
Paroles de Poilus

les poilus 14-18

Paroles de détenus

Si l’on me demandait:  » Combien de temps êtes-vous rester à Fresnes ?
Je répondrais sans réfléchir:
– Un mois.
J’y suis resté huit jours.
Trente jours, en prison, cela doit faire – dans le souvenir – entre cinq et six mois. Ceux qui y sont depuis quatre ans – y sont depuis vingt ans. A leur sortie, cela se verra.

Sacha Guitry

Paroles de détenus

    Tout au plus quatre mètres carré. Une porte en bois massif dédoublée d’une grille espacée  d’un mètre. Dans un coin, une chiotte turque, et, distant d’un autre mètre, un lavabo incrusté dans le mur dont l’ouverture se faisait au-dessus du chiotte. Une plaque de béton dans le coin opposé prenait forme de lit. Le soir, vers 19 heures, nous rentrions un matelas en mousse que nous sortions le matin vers 7 heures. Une table de béton inscrustée dans le milieu du mur en vis-a-vis du lit. Un tabouret en trépied me permettait de m’asseoir en courbant la colonne vertébrale. Hors de portée, un haut-parleur crachait de la musique… RTL de 8 heures à 22 heures, heure de l’extinction des feux. Droit à une heure promenade le matin et une heure l’après-midi, à des horaires différents.

Joël

Le Cabinet Noir de Max Jacob

Max Jacob est né à Quimper en 1876,et décédé en déportation à Drancy en 1944

Il s’agit d’un recueil de lettres que Max Jacob a écrit en 1922.
Dans ces lettres les personnages racontent d’une manière assez piquante leur vie,  parlent de leurs idées, disent leur façon de voir certains problèmes etc… Les commentaires qui suivent chaque lettre donnent une autre façette de ces narrations ce qui rend l’oeuvre encore plus intéressante.

Lettre d’amour

« Les plus belles lettres d’amour présentées par Irène Frain »;

De Victor Hugo à Juliette Drouet

    Je vous aime, mon pauvre ange, vous le savez bien, et pourtant, vous voulez que je vous l’écrive. Vous avez raison. Il faut s’ aimer, et puis il faut se le dire, et puis il faut se l’écrire, et puis il faut se baiser sur la bouche,  sur les yeux, et ailleurs. Vous êtes ma Juliette bien-aimée.
Quand je suis triste, je pense à vous, comme l’ hiver on pense au soleil, et  quand je suis gai, je pense à vous, comme en plein soleil on pense à l’ombre. Vous voyez bien, Juliette, que je vous aime de toute mon âme.
Vous avez l’air jeune comme un enfant, et l’air sage comme une mère, aussi je vous enveloppe de tous ces amours-là à la fois.
Baisez-moi, belle Juju

Juliette  Drouet a été la maitresse de Victor Hugo dès leur première rencontre, le 02 janvier 1833. Dès lors, ils ne se sont plus quittés.

drouet

Belles Lettres

Proposées par Christelle.

    Madame de Sévigné est profondément chrétienne; elle pratique l’ examen de conscience et les lectures pieuses.

Dans cette lettre à sa fille, abordant le grand sujet des fins dernières de l’homme, sans nuire à sa gravité, elle lui imprime ce tour vif et primesautier qui lui est propre.
Et comme elle est humaine dans son humilité sans raideur !

Vous me demandez, ma chère enfant, si j’aime toujours bien la vie. Je vous avoue que j’ y trouve des chagrins cuisants; mais je suis encore plus dégoutée de la mort: je me trouve si malheureuse d’avoir à finir tout ceci par elle que, si je pouvais retourner en arrière, je ne demanderais pas mieux. Je me trouve dans un engagement qui m’embarrasse : je suis embarquée dans la vie sans mon consentement; il faut que j’en sorte, cela m’assomme; et comment m’en sortirai-je? Par où? Par quelle porte? Quand sera-ce? En quelle disposition? Souffrirai-je mille et mille douleurs, qui me feront mourir désespérée? Aurai-je un transport au cerveau? Mourrai-je d’un accident? Comment serai-je avec Dieu? Qu’aurai-je à lui présenter? N’aurai-je aucun autre sentiment que celui de la peur? Que puis-je espérer? Suis-je digne du paradis? Suis-je digne de l’enfer? Quelle alternative ! Quel embarras ! Rien n’est si fou que de mettre son salut dans l’ incertitude; mais rien n’est si naturel et la sotte vie que je mène est la chose du monde la plus aisée à comprendre.

Je m’abîme dans ces pensées et je trouve la mort si terrible que je hais plus la vie parce qu’ elle m’y mène, que par les épines qui s’ y rencontrent.

Vous me direz que je veux vivre éternellement. Point du tout ; mais si on m’avait demandé mon avis, j aurais bien aimé à mourir entre les bras de ma nourrice ; cela m’aurait ôté bien des ennuis et m’aurait donné le Ciel bien sûrement et bien aisément..

A Paris, mercredi 16 mars 1672