Quand les lumières s’éteignent de Erika Mann

    Erika Mann, la fille de Thomas Mann n’a pas eu d’autre alternative que de quitter l’Allemagne avec sa famille, après l’arrivée de Hitler au pouvoir. Après la lecture de ce livre poignant, on comprend mieux que tant d’allemands aient été poussés tragiquement hors de leur pays, chassés par ce régime infernal, cette Allemagne devenue hostile, incompréhensive, dure, invivable.

   Dans son livre, elle raconte, par le biais de dix histoires vraies, la toute-puissance du régime nazi qui envahit tous les domaines de la vie, pénètre partout: dans les entreprises, les hôpitaux, les familles, qui emprisonne chacun dans son propre pays. Elle décrit sans mensonges cette société confrontée à la terreur, à la délation, et à l’antisémitisme et nous amène à bien voir l’horreur, la stupidité et la perversité de cette politique de mort.

Bavière Allemagne 

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Demian de Hermann Hesse

     Prix Nobel de littérature pour son livre: Le jeu des perles de verre, Demian a été publié après la guerre sous le pseudonyme d’Emile Sinclair.

    Hermann Hesse y relate sa jeunesse, particulièrement cette période de la vie où l’individu se cherche. L’auteur s’est inspiré de Carl Gustav Jung, fondateur de la psychologie analytique, l’étude des rêves etc. On retrouve tous ces éléments dans le roman.

     Emile Sinclair est un jeune garçon choyé, vivant dans une famille unie, professant une très haute moralité. Chez eux, on lit la Bible et on en suit les bons conseils. C’est la vie dans la lumière, on y est bien.

     Mais un jour, une mauvaise rencontre lui fait voir la vie dans les ténèbres et cela le fait terriblement souffrir car il se met à commettre des actes allant contre sa moralité.  Puis un autre jour il rencontre Demian, un camarade de classe, plus âgé que lui, plus mûr, avec dans le regard quelque chose de particulier que tout d’abord, Sainclair ne parvient pas à définir et qui l’intrigue.

     A partir de cet instant, les deux garçons se lient d’amitié et Demian devenant le guide de Sainclair, l’initie à des raisonnements hors du commun qui l’obligent à mettre en doute tout ce à quoi il a cru jusqu’alors:         

    Pourquoi le milieu dans lequel il vit, serait-il meilleur que celui en dehors de chez lui? Pourquoi seraient-ce ses parents qui seraient dans le vrai? Tout individu pour se construire lui-même doit quitter la maison paternelle, et pour parvenir à un plein épanouissement de sa personnalité, a besoin de se trouver. Cette recherche ne peut se faire qu’en prenant le chemin vers soi-même.

    Le jeune Sainclair réalise que la vie qu’il mène chez lui ne le satisfait plus et c’est sans trop de mélancolie qu’il quitte le cocon familial. Toutefois, pendant longtemps il éprouve un tourment intérieur dû à l’ambivalence de ses sentiments.

  Extrait:  « Il s’agissait toujours de savoir si, avec le temps, je deviendrais un bon fils et un citoyen utile, ou si ma nature me contraindrait à prendre d’autres chemins. Ma dernière tentative de vivre heureux, à l’ombre et dans l’esprit du foyer paternel, avait duré longtemps; par moments elle avait semblé couronnée de succès et, finalement, elle avait complètement échoué. »

Hesse

Hans et Sophie Scholl, notes et carnets

     Hans Scholl, né en 1918, mort en 1943, sa soeur Sophie, née en 1921, décédée en 1943, étaient tous deux étudiants et résistants au nazisme.
Piliers de la Rose blanche, ( nom donné à leur groupe de résistants allemands), ils ont écrit, publié et distribué des tracts dénonçant le régime et les crimes de Hitler.

     Hans était étudiant en médecine et travaillait dans des camps militaires dans lesquels force lui était de reconnaître la barbarie nasie.
Beaucoup de ses lettres sont adressées à sa famille et à une amie. Il y relate sa vie de médecin militaire, mais aussi le simple quotidien, il fait part de ses difficultés, de ses états d’âme, il formule des souhaits, décrit la nature de laquelle il est proche et il parle en langage codé de la guerre et de Hitler.

     Toutes ses lettres sont simples et sont écrites dans le souci de rassurer sa famille et de garder ce lien précieux avec les siens dont il a impérativement besoin. 

     Les lettres de Sophie sont à peu près les mêmes, elle y parle de son travail de jardinière d’enfants, des contraintes que le gouvernement allemand lui impose enfin de tout ce qu’elle vit au quotidien.

Extraits.   De Hans à ses parents:

Mes chers parents,

    Voici deux jours que nous avons repris un hôpital militaire avec quatre cent blessés. Nos prédécesseurs étaient des prussiens. Ils nous ont remis des patients en piteux état.Nous avons quelques infirmiers français pour nous aider, mais c’est nous qui faisons le gros du travail, dont une moyenne de vingt opérations par jour. Ce matin, deux amputations des deux jambes.

    Je suis allé plusieurs fois à Paris. Le matin, je joue au tennis de 6 à 7. C’est mon seul moment de liberté.

Mon chien ne saurait être plus mignon. Tous les enfants l’adorent.

    Très affectueusement,

Votre Hans.

Scholl   

Amours en fuite de Bernhard Schlink

Recueil de sept nouvelles dont la première est:

« La Petite Fille Au Lézard »

    Le garçon est subjugué par le tableau accroché dans le bureau de son père, représentant « La Petite Fille Au Lézard«  . Il ne cesse de le regarder, de le contempler, entretenant même avec la petite fille de longs conciliabules.  Posant à son père des questions sur cette toile,  il n’ en obtient que des réponses évasives qui ne le satisfont pas. Quand à sa mère, elle nomme la petite fille du tableau : »la petite juive ». Pour quelle raison?

    Les relations avec ses parents sont distantes. La mère est froide et le père démissionne un jour de sa fonction de juge, sans aucune explication et sombre dans l’alcoolisme.

    L’âge venant, le garçon quitte la maison familiale sans regrets, mais » la petite fille au lézard » le hante. Qui est-elle?  Que représente t-elle?  Qui a peint le tableau? Quelle en est sa valeur? Pourquoi ne le vend-on pas? Autant de questions auxquelles le père refuse de répondre, entretenant un mystère autour de cette toile. Le garçon se met donc à faire des recherches sur l’artiste et découvre petit à petit l’histoire du tableau. C’est un juif qui l’a peint , mais alors comment cette toile est-elle arrivée dans les mains de son père? Il réalise soudain qu’il ignore tout de ses parents, il ne les connait pas, ne connait pas leur passé. Qu’a fait son père pendant la guerre? il interroge sa mère, qui mise au pied du mur, lui relate ce qu’elle sait. Mais est-ce la vérité? Poussant plus loin ses investigations le garçon apprend toute l’histoire, mais celle-ci reste embrouillée, et désabusé, subodorant quelque chose de laid, et d’innommable, il choisit finalement de se débarrasser de la toile, comme on se débarrasse de quelque chose qui fait mal.

    « Le tableau montrait une petite fille avec un lézard. Ils se regardaient et ne se regardaient pas, la petite fille fixant sur le lézard un regard rêveur, le lézard fixant sur la petite fille un œil brillant qui ne regardait pas. Parce que la petite fille avait les idées ailleurs, elle se tenait tellement immobile que le lézard lui aussi était resté figé sur le rocher couvert de mousse où la petite fille était étendue à plat ventre, à moitié accoudée. Le lézard levait la tête et pointait sa langue. »

     J’ai beaucoup aimé l’histoire, le style fluide de l’auteur, sa façon de faire cheminer le personnage du garçon avec toutes ses interrogations, ses recherches et ses tristes découvertes.

Amours en fuite de Bernhard Schlink

    « L’Autre »

    Sa femme vient de mourir d’un cancer, et l’homme se retrouve seul après l’avoir assistée pendant son agonie, alors qu’elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Il organise sa vie dans cette solitude nouvelle: jeu d’échecs, un peu de piano, du thé, du vin et un peu de réflexion…

     Un jour, arrive une lettre pour Lisa signée: »Rolf « , une lettre d’amour qui le bouleverse, lui révélant tout à coup qu’il a été trompé. La jalousie le saisissant, il se pose quantité de questions:  Quelles activités sa femme faisait-elle avec son amant? Quelles sorties? Lui tenait-elle la main au concert?  Était-elle différente avec l’autre qu’avec lui?

    » Parfois, il se demandait ce qui était pire: que l’être aimé soit autre avec un autre, ou qu’avec un autre il soit justement celui qu’on connait bien. »

     Répondant à la lettre, il dit à l’autre que la Lisa qu’il connait est morte et à sa grande surprise reçoit une réponse niant le décès.
Il continue alors à correspondre avec l’homme, prenant la place de sa femme, cherchant à en savoir davantage sur cette relation, découvrant que Lisa n’était peut-être pas tout à fait heureuse avec lui.. Un jour il décide de rencontrer le personnage pour savoir qui il est, ce qui a attiré sa femme chez lui, pour se venger aussi. Il découvre un raté, un homme peu débrouillard, manquant la plupart du temps d’argent. Alors que s’est il passé? Comment sa femme a t-elle pu s’enticher de ce matamore? Est-ce parce qu’il enjolive les choses, les rendant ainsi supportables? 

    Lors d’un entretien serré avec l’autre,  il se rend compte qu’il a en face de lui une personne pas très brillante, certes, mais qui a le don de voir ce qui se cache derrière le laid et de reconnaître la beauté là où elle se trouve. C’est ainsi que cet homme a su voir l’excellent jeu musical de Lisa, alors que lui-même ne le remarquait plus, à force d’habitude.

Amours en fuite de Bernhard Schlink

Les pois gourmands.

     Thomas est architecte, il est marié avec Jutta, son associée. Ils sont tous deux très unis, imbriqués l’un dans l’autre, c’est un couple solide qui a su surmonter toutes sortes de difficultés…

    Et poutant, un jour, Thomas ressent un manque dans sa vie. Il se met donc à peindre, et lors d’un vernissage, rencontre Véronika avec laquelle il espère bien pouvoir refaire sa vie après son divorce. Mais il se rend rapidement compte que la séparation d’avec sa famille n’est pas facile.

    Le temps passant, Véronika devient plus exigente et la vie de Thomas plus éprouvante et c’est à ce moment là que surgit Helga qui l’entraine dans ses projets.Le temps passant, Thomas se retrouve serré comme dans un étau avec ses trois femmes et ne sait plus comment s’en sortir. Finalement, il décide de faire un petit voyage, mais quand il en revient, il n’est plus du tout le même homme et se retrouve en face de ses trois dames dans une situation pire que celle d’avant.

Extrait « En août, c’était son quarante-neuvième anniversaire. Chacune des trois femmes voulait le fêter avec lui. Il avait l’habitude de se soustraire à deux pour être avec la troisième. Il était tout aussi facile de se soustraire aux trois.

« Il passa la journée seul, et ce fut comme de faire l’école buissonnière. »

Amours en fuite de Bernhard Schlink

    La circoncision

Andi est allemand et fiancé à Sarah qui est juive et le reçoit dans sa famille. Mais il n’est pas à l’aise dans ce milieu dans lequel les conversations tournent trop souvent autour de l’histoire des juifs. En Allemagne, chez les parents d’Andy, c’est au tour de Sarah de ressentir un malaise.  Petit à petit, le fossé se creuse entre les deux jeunes gens qui ne parviennent pas à s’entendre sur ces évènements passés. Comment doit-on les regarder? Sarah n’arrive pas à se détacher de cette douleur qu’elle n’a pourtant pas vécue elle-même et elle perçoit toujours son fiancé comme un allemand, c’est à dire quelqu’un responsable des souffrances de son peuple. En réponse à cette accusation implicite, Andy argue que cette génération d’après-guerre n’est pas coupable de tous ces crimes. Alors comment réagir?     

    Pour mettre fin à ces constantes querelles affligeantes, Andy décide de se rallier à la religion juive pour devenir semblable à Sarah, car pense t-il, on ne s’entend qu’avec ses semblables. Malheureusement, il constate que le changement n’a rien produit et pour cause. On ne peut pas changer de culture et de mentalité comme on veut. Ce que l’on est on le reste jusqu’à la fin de ses jours.

    Extrait « C’est à Berlin que pour la première fois il eut peur que la différence entre leurs univers mette en danger leur amour »

 « -Qu’est ce que j’ai à voir…? »

« -Ce que tu as à voir avec l’Holocauste? Tu es allemand, tu as à voir avec l’Holocauste. »

« Tu ne le comprends peut-être pas, mais je suis déconcerté de n’être pas pris pour ce que je suis, d’être pris comme une construction abstraite, le produit d’un
préjugé. »