L’Américain de Henry James.

L’histoire se passe au 19ème siècle. L’Américain, Christopher Newman, est un homme, d’une quarantaine d’années, séduisant et sûr de lui. D’un bon naturel il aborde les gens positivement. Il est franc, sincère, sans hypocrisie. Ayant réussi dans les affaires, il s’en vient à Paris, et là, sur l’instigation d’une amie, fréquente une jeune veuve. Mais celle-ci fait partie de l’aristocratie, un milieu des plus fermés, perclus de préjugés. et attaché aux traditions. Or la famille, d’accord tout d’abord pour le mariage, revient sur son consentement et oblige Newman à renoncer à son projet. L’attitude, le comportement et la hauteur de la famille de Bellegarde offusquent au plus au point l’américain. Profondément offensé il décide de se venger en employant un moyen qui ruinerait à tout jamais cette famille si orgueilleuse.

J’ai bien aimé le personnage de Newman que j’ai trouvé intéressant de part son caractère souple, ainsi que sa ténacité dans sa lutte contre la famille de Bellegarde, la description du milieu aristocratique,  l’attitude de Claire qui est vraiment étonnante par sa soumission quasi totale à sa famille; enfin les débats intérieurs de l’américain face à son gros problème. Va t-il se venger ou son bon naturel va t-il l’emporter?

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Inconnu à cette adresse par Kressmann Taylor.

    Premier livre de Kathrine Kressmann Taylor dans lequel elle raconte par le biais d’une correspondance épistolaire l’amitié de deux amis dans l’entre deux guerres.

    Max est américain et juif, Martin est allemand. Ils sont tous deux associés dans une affaire de vente de tableaux qui fonctionne bien. Au début de cette correspondance, le ton des lettres est cordial, sympathique, on sent qu’il y a là une amitié véritable qui lie les deux hommes. Mais la situation de l’Allemagne est fragile, la nation ne s’est pas relevée de la défaite qu’elle a essuyé lors de la première guerre. Et justement un homme puissant se lève qui prétend rendre au pays sa splendeur d’autrefois et assurer le redressement de son économie. Martin qui occupe une situation privilégiée dans la société  croit en Adolph Hitler et s’engage à fond dans le nazisme, convaincu que le Furher est la solution à tous les problèmes du peuple allemand. Et qu’importe tout ce qu’il entend dire au sujet des juifs.Dans ces conditions, et petit à petit, le ton des lettres change, Martin finit par dire à son ami qu’il ne veut plus correspondre avec lui, qu’ il ne veut plus avoir à faire avec un juif.

    Cependant la soeur de Max qui est commédienne va se produire à Berlin, mais au bout d’un certain temps ne donne plus de nouvelles. La dernière lettre qu’il lui a envoyé lui est retournée avec la mention : »inconnu à cette adresse« . Inquiet Max décide d’écrire à nouveau à son ami malgré l’interdiction, pour le supplier de
secourir sa soeur; mais ce dernier lui répond sur un ton froid et une indifférence notoire que sa soeur a disparu dans des conditions tragiques. Désormais, fou de douleur, et comprenant que Martin ne se soucie plus de lui, Max entreprend de poursuivre sa correpondance en dépit du danger qui menace Martin.

       Lettres poignantes particulièrement par leur contenu. La situation de Max et au-delà de lui celle des juifs, donne à espérer que son appel au secours sera compris, entendu. Que Martin ne peut pas faire autrement que de répondre positivement. Mais il n’en est rien. Martin ne pense qu’à lui, à sa famille, à sa situation. On ne peut que le trouver odieux. Pourtant lui-même se trouve enfermé dans le piège du nazisme qu’il a suivi, auquel il a cru, auquel il a donné beaucoup. Les supplications qu’à son tour il envoie à Max pour qu’il arrête cette correspondance assassine restent lettres mortes.

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L’adieu aux armes d’ Ernest Hemingway

    Frédéric Henry est un jeune américain qui trouve intéressant de s’engager dans la première guerre mondiale; il fait partie du corps des ambulanciers.

     Blessé, il rencontre à l’hôpital une infirmière dont il tombe éperdument amoureux. A partir de ce moment, il réalise pleinement les risques qu’il court et essaie par tous les moyens de préserver sa vie.

     L’amour qu’il éprouve pour Catherine est fort et puissant et il n’a de cesse de la retrouver dès qu’il en a la possibilité.

Le temps passant, il devient clair que cette guerre va durer plus longtemps que prévu et les projets que fait le couple se trouvent alors compromis.

    Enfin séparé de ses troupes par des circonstances indépendantes de sa volonté, dégouté par le spectacle de la souffrance, la peur au ventre, Frédéric décide de déserter.

    Ce que j’en pense:  L’auteur décrit avec force détails le quotidien rude et laid de ce militaire. On se trouve plongé en pleine guerre, ce qui n’est  pas très plaisant.

    L’amour de Catherine et d’Henri a quelque chose de beau, mais le couple est trop centré sur lui-même. Plus rien ne compte sauf l’être aimé. J’ai trouvé cela excessif.

    Ernest Hemingway décrit fort bien  les paysages et les lieux, ce qui adoucit l’histoire et la rend plus agréable.

Hemmingway

Martin Eden de Jack London

 Publié en 1909, c’est un roman en grande partie autobiographique.   

    Martin Eden a vingt ans. Il est issu d’un milieu ouvrier. Maladroit et rustre mais pourvu d’une très grande intelligence 

    Ce soir là, il est invité à diner par un jeune homme de la haute bourgeoisie qu’il a secouru. Tout lui plait dans cette maison huppée: l’ambiance feutrée, la conversation, et particulièrement la jeune fille de la maison dont il tombe immédiatement amoureux. Conscient de ne pas être à la hauteur de Ruth, et saisi d’un désir de devenir comme sa famille il se met en devoir de pallier à tous ses manquements en se mettant à l’étude. Et il étudie tout, à fond, pour comprendre la marche du monde. Sensible à la poésie, il écrit lui-même quelques vers.     

    D’approfondir ses connaissances l »éloigne de plus en plus de son milieu d’origine, mais malgré le changement notoire de Martin Eden les parents de Ruth refusent catégoriquement que leur fille s’engage avec cet homme d’un milieu inférieur au leur. Ruth, elle-même ne comprend nullement son fiancé quand celui-ci se met à écrire dans le but de devenir écrivain. Pour elle aussi l’écriture n’est pas un métier. Mais Martin Eden a ce don d’écrire et il refuse donc de renoncer à ce qui lui tient le plus à cœur: partager avec les autres ses nombreuses connaissances.  Et il continue d’écrire persévérant envers et contre tout, porté par une foi profonde en ce qu’il fait, sachant que ses écrits sont bons.  Néanmoins, seul, complètement incompris, même des rédacteurs, il ne parvient pas à publier la moindre pièce, et c’est quand tout devient désespéré, que son cœur est malade, que le succès tant attendu arrive. Du jour au lendemain il devient célèbre, et il a l’étonnante surprise de constater que ceux-la même qui affichaient à son encontre le plus parfait mépris lui ouvrent grand leur porte.
Martin Eden ne comprend pas cette attitude, et ne cesse de se répéter que du temps où il n’était pas connu il avait déjà tout écrit.

     J’ai beaucoup aimé le personnage de Martin Eden que j’ai trouvé touchant dans sa persévérance à écrire coûte que coûte malgré les oppositions et les incompréhensions de toutes sortes; la foi dans ce qu’il faisait et bien sur, sa grande intelligence qui le plaçait bien au-dessus des autres. Le drame de Martin Eden est de ne pas avoir saisi, que doué comme il l’était, il ne pouvait s’entendre avec le commun des mortels à cause de son ingéniosité, et que même sa fiancée, pourtant aimante, ne pouvait pas le comprendre.

    Si Martin Eden n’a pas vu qui était réellement Ruth, cette dernière n’a pas su voir qu’elle avait à faire à un être exceptionnel. Ne sortant pas de son milieu étriqué, elle ne pouvait pas concevoir qu’il puisse exister quelque chose de bien, ailleurs que chez elle. Son idée était de modeler cet homme qui lui plaisait, à l’image de son
père. Dans ces conditions le sentiment qui les animait tous deux était plus une illusion que de l’amour.

 Extrait. « Martin en vint à s’interroger sur le bien-fondé de sa popularité. C’étaient les bourgeois qui achetaient ses livres et remplissaient sa bourse; or, d’après le
peu qu’il savait d’eux, il lui semblait impensable qu’ils puissent apprécier ou seulement comprendre ce qu’il écrivait. »  L’idée qu’il se faisait de la beauté n’avait aucun sens pour les 
centaines de milliers de lecteurs qui l’acclamaient. »

    Je vais vous dire ma façon de voir. Quand j’étais tout ce que je suis maintenant, les gens de ma propre classe ne s’intéressaient pas à moi.
Quand j’ai écrit mes livres, les gens qui ont lu mes manuscrits ne s’y sont pas intéressés. Ce que j’écrivais leur semblait encore plus insignifiant que ma personne. Le simple fait que j’écrive 
semblait à tout le monde… comment dire? déplacé.  » Cherche du boulot », c’était tout ce qu’on trouvait à me dire. »

jacklondon

Fêlures d’Anita Brookner

    Zoé est toute jeune quand elle se met à raconter son histoire. Une histoire banale, sans éclat, un peu morne. Elle vit avec sa mère, qui un jour rencontre Simon qu’elle consent à épouser. Dès cet instant, Zoé profite pleinement de sa nouvelle liberté jusqu’au jour ou le mari de sa mère meurt. La jeune fille se retrouve alors emprisonnée dans sa relation avec sa mère qu’elle ne peut abandonner et qu’elle accompagne durant sa maladie. Et c’est au cours de conversations, que Zoé apprend que sa mère a souffert de son manque de liberté quand elle s’est mariée.

    Pendant toutes ces années, Zoé a du renoncer à certaines relations, et du reste elle n’est pas vraiment recherchée. Elle a trop à faire, elle n’a pas le temps de s’investir. Pourtant, elle souffre de cette situation qu’elle n’a pas voulue et qu’elle subit à ses dépens; elle a le sentiment de passer à côté de quelque chose de précieux.

    Malgré tout, au milieu de tous ces tracas, une petite lumière brille, c’est le médecin qui soigne sa mère. Doucement, lentement, une relation s’établit entre ces deux personnes sensibles, qui se transformera en une relation solide, faite de respect, de compréhension implicite, de tendresse...

     Ce que j’en pense: Le sujet de la solitude dans le mariage est très intéressant, mais beaucoup de descriptions qui ne m’ont pas particulièrement captivée.

Coeur volé de Lauren Kelly

Ce livre est présenté comme un polar, mais n’y ressemble pas.

Une fillette d’une dizaine d’années a disparu et cet évènement jette la petite ville de Mount Olive dans le désarroi. On ne sait pas ce qu’elle est devenue, les langues vont bon train et imaginent toutes sortes de scénarios,  plus ou moins effrayants et qui font monter la tension.
Quand Merilee commence à raconter  son histoire, elle est âgée de vingt-six ans, elle revient de New-York pour assister son père mourant, ce père avec lequel elle n’a jamais eu que des relations difficiles.   » Je ne savais pas trop ce qu’il avait été. J’avais adoré Papa, mais je n’avais jamais cru le connaître. Je l’avais respecté, comme tant de gens, mais je le redoutais aussi, il ne m’inspirait ni confiance ni affection. A leurs tristes retrouvailles, Merilee rapporte à son père un coeur de verre qu’elle lui avait acheté quelques années plus tôt et qui, en quelque sorte, avait créé un lien entre eux.  La mort de son père la laisse désemparée car elle ne se définie que comme la fille de Dennis Graf et ignore sa propre identité.
La jeune femme relate les souvenirs de sa vie et qui ont eu une incidence plus ou moins importante sur celle-ci, les souvenirs honteux, les souvenirs douloureux, ceux qu’elle n’a jamais compris, comme celui de la mort de sa mère décédée dans des circonstances mystérieuses et dont on refuse de lui parler.

Après la mort de son père, au moment de ranger la chambre, Merilee se rend compte de la disparition du coeur de verre, et cela la jette dans un trouble extrème.

Oncle Jedah est toujours présent, mais lourdement. Toujours doucereux, plein d’attentions, il se dégage de sa personne quelque chose de malsain que Merilee ne parvient pas à définir et qui la met mal à l’aise. Malgré cette désagréable impression, elle accepte son invitation et découvre au cours de la soirée la vie secrète de son oncle, une vie obscène, lubrique, qui la choque profondément et l’oblige à la fuite.

Ce qui est surprenant dans le comportement de la jeune femme, c’est sa pensée ambivalente vis-à-vis de cet homme. D’un côté, elle sent quelque chose de louche qui lui fait éviter Jédah et d’un autre côté, elle se sent bien avec lui. Cette ambivalence m’a génée tout au long de l’histoire car elle démontre un manque de clairvoyance chez Merilee qui l’entraine à accepter stupidement le comportement brutal de son oncle jusqu’à l’éclatement de la sordide et épouvantable vérité.

Merci à B/O/B,
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Et Le Livre de Poche.

Le printemps romain de Mrs Stone de Tennessee Williams

    Tennessee Williams de nationalité américaine a reçu le prix Pulitzer pour Un tramway nommé Désir et pour La chatte sur un toit brûlant, deux œuvres merveilleusement interprétées au cinéma. 

     Mrs Stone est une femme fragile qui arrive à Rome dans l’espoir de se reconstruire. Il y a quelque temps cette grande dame a abandonné son passionnant travail d’actrice dans lequel elle trouvait un complet épanouissement, remportant d’énormes succès couronnant un savoir-faire incontestable. Elle n’est plus tout à fait jeune, abordant la cinquantaine avec tous ses inconvénients: sa très célèbre beauté, s’effaçant tristement mais irrémédiablement.

     A Rome, elle se laisse abuser par Paolo, un jeune homme dont la beauté ne la laisse pas indifférente, et qui comble sa solitude, car Mrs Stone est seule et souffre de sa solitude. Mais le jeune homme en question, qui est désargenté, ne fréquente Karen que pour ce qu’elle peut lui apporter c’est à dire l’argent; car Mrs Stone est immensément riche. Le comportement du jeune Paolo est des plus méchants, et il faut à Karen beaucoup d’empire sur elle-même pour dépasser toutes les injures et les insultes dont il l’abreuve trop souvent. Et elle se pose cette question: comment en est-elle arrivée là ? Le temps passant, le trouble qu’elle ressent s’approfondit jusqu’à l’angoisse, la déstabilisant davantage, la faisant vaciller jusqu’au risque de perdre sa dignité à laquelle pourtant elle tient tant.

    J’ai beaucoup aimé cette histoire dramatique, décrivant très adroitement un être sensible et douloureux. Si au début de l’histoire, on a du mal à comprendre Mrs Stone, on en vient finalement à percevoir son état d’esprit et ce qui la pousse à réagir comme elle le fait.