Le Bouc émissaire de Daphné du Maurier

Très bien !

Comme souvent dans beaucoup de ses œuvres, Daphné du Maurier nous entraîne dans une intrigue très subtile et passionnante. On ne lâche pas le livre qu’on ne sache le dernier mot.

John est anglais, célibataire, professeur d’université. Quand il regarde sa vie, il la considère comme ratée, morne et sans intérêt. C’est un mélancolique, enclin à l’introspection.

Lors de vacances à Paris, alors qu’il est assis dans un bar, il rencontre un homme qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, même voix, mêmes gestes…La ressemblance est tellement saisissante qu’il en reste stupéfait. Au cours de la courte conversation pendant laquelle les deux hommes racontent quelque peu leurs vies, l’homme fait à John cette proposition saugrenue de l’échange de leurs identités car il en a assez de ses responsabilités familiales et de chef d’entreprise…  John proteste mais en vain. Le lendemain il se retrouve dans un pyjama qui ne lui appartient pas, avec deux valises contenant des effets qui ne sont pas à lui, et sa voiture a disparu avec tous ses papiers et son portefeuille. Un coup donné à la porte de sa chambre d’hôtel et paraît un homme en livrée qui le salue en lui disant: « Monsieur le comte a bien dormi? » Et oui! du jour au lendemain John est devenu le comte Jean de Gué. A partir de cet instant il est obligé de se mettre dans la peau du personnage car personne ne reconnait l’imposture.

Jean de Gué est un aristocrate, vivant dans un château. Quand il entre dans la demeure, John découvre la famille du comte, des gens nerveux, inquiets, voire capricieux. Il doit faire face à une multitude de problèmes et découvre un passé qui pèse lourd chez ces gens. Mais il se dit qu’il n’est pas Jean de Gué, et qu’il n’est donc pas responsable de ces situations scabreuses. Il n’est que le bouc émissaire et le rôle du bouc est de porter. Alors il porte. Il porte toute la responsabilité, le poids écrasant de cette famille fragile. Cela est dur. Alors il s’adapte, écoute, fait montre d’une grande compréhension et petit à petit l’ambiance pesante du début s’adoucit, les difficultés trouvent leur solution.

Extrait. J’eus tout à coup la conviction profonde que ce n’était pas la curiosité d’un étranger, le goût du pittoresque, qui m’attiraient vers eux, mais un sentiment plus intense, plus intime, un intérêt pour leur bonheur qui ressemblait à de l’amour, mêlé à quelque chose de presque douloureux.

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Madame la Colonelle de Somerset Maugham.

Recueil de vingt quatre nouvelles aussi intéressantes les unes.que les autres.  L’auteur nous fait entrer dans la vie de personnages divers et chaque histoire est contée avec beaucoup de suspens. Le style est fluide et très agréable. Une bonne lecture.

Madame la Colonelle. ou la méconnaissance de l’autre.

Elle a déjà quarante cinq ans, sans attrait particulier. Elle parle à peine à son mari  tant elle est convaincue que ce dernier ne s’intéresse pas à elle ni à ce qu’elle fait. Lui est très fort, installé dans une vie très confortable, il est au-dessus des autres y compris au-dessus de sa femme qu’il méprise profondément. Cela fait longtemps qu’elle a cessé de l’intéresser.

Mais arrive dans la maison un paquet qui contient un livre que sa femme a écrit. Tiens c’est étonnant!  Il prend tout de même le temps de lire cette œuvre, mais davantage par obligation que par intérêt parce que d’emblée pense-t-il, sa femme n’a  pu produire quelque chose de valable. Ce qu’il lit ne lui dit rien de prime abord, alors il sort. A sa grande surprise tous ceux qu’il rencontre lui parle  de sa femme, de ce qu’elle a écrit. C’est quelque chose d’extraordinaire, n’est-il pas fier d’elle? Le louanges sont telles qu’il se penche à nouveau sur le livre et découvre finalement que sa femme a relaté sa vie en parlant d’un évènement qu’il n’aurait jamais soupçonné, une relation antérieure qui chatouille son amour propre.. Comment doit-il réagir? L’avocat qu’il consulte et qui connait bien Evie et le livre qu’elle a écrit, le dissuade de faire des histoires, lui rappelle qu’en dépit de tout, son épouse est quelqu’un de bien. Mais s’est-il jamais intéressé à elle? 

Extrait: Mais tout de même, il y a une chose que je ne comprendrai jamais aussi longtemps que je vivrai: qu’est-ce qu’il a bien lui trouver de si fascinant?

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Les yeux bleus de Thomas Hardy

     Œuvre publiée en 1873, mais éditée seulement en 1997. Roman psychologique dont l’histoire se passe dans le sud-ouest de l’Angleterre. Thomas Hardy est né en 1840 et décédé en 1928.

    Elfride a 20 ans, des yeux bleus et lumineux qui éblouissent tous ceux qui la rencontrent. Elle s’éprend de Stéphen Smith un jeune architecte venu faire des travaux sur l’église du village.

     Malheureusement le mariage est compromis à cause de la condition sociale du jeune homme. Elfride et Stéphen décident donc de partir en cachette pour réaliser leur vœu; mais sa conscience la travaillant, Elfride renonce à ce projet déraisonnable et rentre chez elle. Stéphen, lui, part dans un pays lointain pour parfaire ses connaissances, à seule fin de s’élever dans la société et épouser la femme qu’il aime.

    Pendant ce temps, survient dans la vie d’Elfride, Henry Knigt, la trentaine, un tantinet cynique, moqueur qui ne ménage pas la jeune fille. Un lien profond se tisse entre eux. Cependant Elfride ne dit rien à Knigt de ses fiançailles avec Stéphen Smith malgré le temps qui passe et les nombreuses possibilités qu’elle a de révéler son passé. Non qu’elle soit malhonnête, mais c’est la crainte de perdre cet homme avec lequel elle se sent si bien, qui l’a fait agir ainsi.  De ce fait, son comportement est ambigu.
Droite au plus profond d’elle-même, elle donne l’impression de ne pas l’être et c’est ainsi que Knigt se méprend à son sujet.  Knigt qui, ayant une très haute conception de l’amour, n’accepte pas l’idée que la jeune fille qu’il aime, ait pu avoir une idylle avec un autre que lui; d’autant plus que cette histoire reste floue à son entendement, puisque la jeune fille ne lui dévoile rien. Dans le doute et sans chercher à creuser davantage le mystère, il prend une décision irrévocable.

    Ce que j’en pense: Belle œuvre. Beaucoup de richesse dans la description des sentiments humains, qui nous permet ainsi de suivre le cheminement tourmenté des personnages. Magnifique description des paysages de l’endroit.

La passe dangereuse de Somerset Maugham

     Kitty est une jeune femme frivole, sotte et superficielle. Elle vit à Hong-Kong avec son mari, Walter, qu’elle trompe sans scrupules, et sans se soucier le moins du monde du mal qu’elle lui inflige.

    Walter, lui, est bactériologue, il possède, en plus de l’intelligence de l’esprit, celle du cœur qui le rend par certains côtés vulnérable. Il aime sa femme à la folie, malgré tout le mépris qu’elle lui manifeste. Pour elle, Walter n’est rien, et ne possède aucune des qualités qui l’attire vers un homme. Tout les sépare, rien ne les rapproche, Kitty ne fait aucun effort pour connaître cet être qui partage sa vie

    Quand il apprend l’infidélité de sa femme, Walter l’oblige à le suivre à Mei-tan-Fu, où en tant que médecin, il a proposé ses services pour éradiquer l’épidémie de choléra.

    En arrivant là-bas, surprise, la jeune femme se rend compte que son mari est, non seulement très aimé, mais aussi vénéré par tous. « En effet il pouvait se montrer très tendre. C’était surtout au chevet des malades que rayonnait sa générosité. » Jamais Kitty, elle le savait, ne reverrait dans ses yeux la chaleur de cet attachement dont, autrefois la constance l’exaspérait. Il vouait aujourd’hui aux infortunés dont il était l’unique recours cette inépuisable faculté d’aimer qu’elle découvrait en lui. » Cette découverte la bouleversant, elle tente de renouer avec cet homme, mais le fossé s’est creusé. Pour se distraire et se rendre utile, elle se met à la disposition des religieuses et travaille à l’orphelinat, ce qui lui ouvre les yeux sur ce qui se passe ailleurs que dans sa petite personne. Walter, lui, s’épuise au travail, ne ménageant pas sa peine, cachant derrière cette hyperactivité son désespoir et peut-être le désir secret d’en finir.

 Ce que j’en pense.  J’ai bien aimé cette histoire tragique que m’a recommandé Nanne que je remercie beaucoup. Néanmoins, le début de l’histoire m’a quelque peu
rebutée, trouvant Kitty fort peu sympathique. Le personnage de Walter m’a davantage touchée par son amour bafoué et la persévérance qu’il mettait à aimer sa femme coûte que coûte.

    L’auteur a très peu décrit la Chine et s’est plutôt concentré sur les personnages. A l’arrière plan, le système colonialiste qui donne une note désagréable à l’histoire.

    On retrouve un peu de la vie de cet auteur dans cette œuvre, puisque le père de Somerset Maugham était juriste et que sa mère était fille d’un commandant de l’armée coloniale aux Indes.

Ma cousine Rachel de Daphné du Maurier.

     Suspens.

    Ambroise Ashley vient de mourir mystérieusement lors d’un voyage en Italie, et quelque temps après avoir épousé Rachel.

    Choqué, convaincu de la responsabilité de la jeune femme, Philip jure de venger son cousin qu’il affectionnait, et avec lequel il vivait dans son beau domaine des Cornouailles.

    Mais l’arrivée de la jeune femme le surprend au delà de ce qu’il a pu imaginer. Elle est belle, douce, courtoise, tout à fait le contraire de ce qu’il avait supposé. Le jeune homme s’éprend d’elle à un point qu’il en perd toute raison. Toutefois, il est obligé d’admettre à la longue que le comportement de Rachel est quelque peu ambigu.

    Tout en restant toujours elle-même, elle prend soin de ne pas s’engager plus avant malgré les nombreuses manifestations d’amour de Philip. Qu’est ce que cela cache? D’abord aveugle à tout avertissement, Philip se met alors à faire quelques recherches sur la base de lettres envoyées par son cousin qui attribue à Rachel certain crime.

    On suit avec grand intérêt Philip dans son cheminement d’amoureux, ne voyant rien, refusant de voir la réalité, prêtant à Rachel un comportement sans défaut.

Rachel, elle, reste mystérieuse jusqu’à la fin.

    Ce que j’en pense. Excellent. Daphné du Maurier nous tient en haleine jusqu’au bout.

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Orgueil et préjugés de Jane Austen

L’histoire décrit la société britannique au tournant des XVIII et XIXe siècles.

A l’époque, les femmes n’ avaient pas d’autre choix que de se marier, et il valait mieux que ce soit richement, surtout si l’on n’était pas fortuné, comme c’était le cas pour les jeunes filles de la famille Bennet. Aussi l’arrivée de gentlemen dans le village provincial de Longbourg, constituait-elle un grand évènement.

C’est lors de bals régulièrement organisés chez les uns et les autres, que les jeunes gens se rencontrent dans une atmosphère joyeuse quoique guindée. Si les jeunes soeurs d’Elisabeth « perdent la tête » en voyant quelques officiers, ce n’est nullement le cas pour Lizzy qui sait garder son sang-froid en toutes circonstances, et particulièrement dans celles difficiles et délicates. Elisabeth est la cadette des soeurs Bennet, la plus espiègle, mais aussi la plus intelligente et c’est cette qualité qui séduit Darcy, un gentlemen fortuné, propriétaire d’un immense et magnifique domaine.
Malheureusement leurs relations débutent mal à cause de la hauteur de Darcy et des fameux préjugés qui veulent que l’on ne tisse aucun lien avec des gens d’une classe inférieure. Elisabeth, quoiqu’avertie des conventions sociales, refuse de tenir compte des inégalités, regarde franchement tout le monde et se permet même quelques boutades à l’encontre de ces gens si orgueilleux. Sa personnalité originale lui donne d’être aimée des uns, et haie des autres.
Toutefois, la jeune fille, bien que sympathique, est, elle aussi sous l’emprise de l’orgueil et  des préjugés. En effet, ayant écouté des calomnies au sujet de Darcy, elle le rejette sans essayer de le connaître mieux. Il s’ensuit inévitablement un long malentendu basé sur de fausses idées et que Darcy sera bien obligé de débrouiller dans la volonté qu’il a d’aller plus loin avec la jeune fille et de sauver sa propre réputation mise à mal.

En sus de l’orgueil et des préjugés, l’histoire relève le problème de la vérité. En effet, sous prétexte de protéger des proches, voir même de ne pas passer pour un rapporteur, on refuse de dévoiler la vérité. Mais ce comportement; s’il semble louable à première vue, peut engendrer des problèmes de toutes sortes, d’une gravité plus ou moins importante.

  Ce que j’en pense: bien que cette histoire semble, dès l’abord, donner une impression de légèreté, beaucoup de ses personnages sont attachants et l’on suit avec plaisir leur évolution dans les nombreuses difficultés qu’ils traversent.

Darcy

Jane Eyre de Charlotte Brontë

Œuvre publiée en 1847.

    Jane Eyre est orpheline et recueillie par sa tante, madame Read, une femme acariâtre et dure. Parce qu’elle ne tenait pas à prendre chez elle la fillette, madame Read la fait souffrir en lui faisant subir des humiliations sans nombre. Un jour enfin, après une grosse crise et un malaise profond, Jane est envoyée dans un internat pour jeunes filles pauvres. C’est avec joie qu’elle quitte cette demeure où nul ne l’aimait.
Bien que Lowood soit un établissement où la vie n’est pas facile, Jane y rencontre des gens qui sauront l’apprécier, la conduire, la guider dans une bonne éducation. Elle restera là, huit ans, dont deux comme institutrice.
En quittant l’internat, elle se rend à Thornfield-Hall, une magnifique propriété appartenant à monsieur Rochester pour y être la préceptrice de sa filleule.
Monsieur Rochester est un homme excentrique, avec des manières brusques, il ne s’embarrasse pas de manières. Mais dès leur première rencontre, une entente tacite s’installe entre eux, qui ira toujours en grandissant, jusqu’à devenir de l’amour, un amour profond et indestructible. Jane et monsieur Rochester sont bien ensemble, car ils savent se parler en toute franchise, en étant vrais. Certes, monsieur Rochester garde son terrible secret, secret qu’il est bien difficile d’avouer, il faut bien le reconnaître, car s’il en parle il prend l’effroyable risque de devoir renoncer à son grand amour, cet amour qui le réconcilie avec lui-même, le fait renaître, lui redonne de l’espérance… L’enjeu est de taille.
C’est l’histoire d’un homme, victime d’une cruelle injustice, mais qui, rencontrant l’amour, l’honnêteté et la bonté retrouve en lui-même des sentiments honorables.
C’est l’histoire d’une toute jeune fille fragile, seule, qui, courageuse, aimante, trouve un jour l’appui dont elle a besoin.
C’est l’histoire d’un homme et d’une femme, qui savent vivre une merveilleuse entente par le biais d’un soutien mutuel.

Jane Eyre