Le Palanquin des larmes de Chow Ching Lie

    « Je suis née dans la Chine de la misère et des larmes. Petite fille, j’ai souffert et pleuré de bonne heure. J’étais jolie: ce n’était pas un mérite, ce fut une malédiction. Laide et difforme, je n’aurais sans doute pas été mariée de force à l’âge de 13 ans. Mais mon malheur ne vint pas de ma seule beauté: il était à l’image d’un vaste pays, où il ne faisait pas bon vivre, où il n’était surtout pas bon de naître si l’on avait l’infortune d’être une fille. »

Dans la Chine d’autrefois la jeune fille qui se mariait montait dans la palanquin fleuri que l’on nommait le palanquin de la joie. Pour Chow Ching Lie, ce sera le palanquin des larmes car ses parents pour la protéger de la pauvreté et parce qu’elle est trop jolie, la marient de force à l’âge de 13 ans à un homme riche, mais insignifiant et sans éducation.

Le mariage, somptueux, est conduit selon la coutume chinoise qui impose tout un cérémonial lourd, fatiguant et même humiliant par certains côtés. On fait fit des souhaits, de l’épuisement des mariés.

Chow Ching Lie se trouve alors confrontée à sa belle famille, particulièrement à sa belle-mère qui fait montre à son égard de la plus grande dureté, et qu’elle est obligée de servir comme l’exige la coutume chinoise. Pourtant, nul ne s’oppose à ce qu’elle continue ses études y compris l’apprentissage de la musique, car Ching Lie aime passionnément le piano dont elle joue merveilleusement. Ce don exceptionnel la conduira à devenir une très grande pianiste, mondialement reconnue.

A l’âge de 14 ans elle met au monde son premier enfant qui se révèle être un garçon et qui lui vaut un retournement de faveurs de la part de sa belle-mère.

C’est un livre qui m’a beaucoup plu, car l’auteur nous fait entrer dans la vie de la chinoise d’autrefois, humiliée et bafouée, n’ayant aucun droit à la parole, maintenue dans une soumission totale. Mais l’histoire de Ching Lie est aussi étroitement liée à celle de la Chine de l’époque avec tous ses bouleversements politiques: la Libération, les Cent Fleurs, le Grand Bond en avant, avec aussi l’arrivée au pouvoir de Mao Tsé Toung qui libérera la femme en interdisant les mariages forcés, le meurtre des nouveaux-nés, ainsi que l’abus de pouvoir de la belle-mère.

Ching Lie raconte son histoire sans aucune amertume, ni colère. Chinoise, faisant partie intégrante de son pays, elle comprend ce qui s’y passe, elle s’adapte à toutes les situations et garde pour elle ce qu’elle pense.

De Marcel Granet  » Dès qu’elle sait parler, on l’oriente vers une destinée de soumission en lui apprenant à dire oui sur le ton humble qui convient aux femmes ». C’est là précisément la destinée que Mao Tsé-Toung est venu renverser: » Les femmes dit-il, portent sur les épaules la moitié du ciel et elles doivent la conquérir. »

Chow Ching Lie

L’automne dans le printemps de Ba Jin

Ba Jin, un auteur que je ne connaissais pas, mais que j’ai eu un immense plaisir à découvrir, tant son écriture m’a charmée par sa finesse, sa fluidité et sa poésie. Ba Jin fait preuve  d’une grande psychologie, nous fait entrer dans l’être profond de ses personnages,  nous met en empathie avec eux.« Quand j’écris une nouvelle, je me sens submergé par une sorte d’ardeur que je dois épancher. J’éprouve une douleur que je dois répandre. Je n’ai pas le temps de réfléchir sur la forme, parce que c’est d’abord pour me souvenir et pour accuser que je prends la plume ».

Il s’agit là d’un recueil de six nouvelles, intitulé « L Automne dans le printemps », dans lesquelles l’auteur raconte l’histoire de personnages ordinaires, mais en même temps celle de la Chine et des évènements marquants de ce pays:

    La pluie, où il est question d’une jeune femme martyre sous le régime en place de l’époque. Le personnage principal est inquiet, angoissé, il ne cesse de marcher sous la pluie, sans but précis, promenant son chagrin, refusant de croire qu’il n’y a plus d’espoir pour Hua. Perdu dans ses pensées lugubres, il se laisse porter par ses jambes qui le conduisent toujours au même endroit, chez son ami avec lequel il discute de cet évènement malheureux. Ba Jin nous emmène dans ses pérégrinations tant physiques que psychologiques.

La digue Su, nous fait voir le contraste entre de jeunes intellectuels et un simple batelier

    A la fonte des neiges. Où il est question d’un jeune révolutionnaire, très attaché à sa femme, mais convaincu de la quitter pour participer à la lutte dans son pays.

    Une nuit sous la lune, nous fait entrer dans l’univers des pauvres face à la méchanceté de ceux qui les gouvernent.

    Un cœur d’esclave, décrit la situation des esclaves de l’époque, en Chine.

    L’Automne dans le printemps, qui ressemble plutôt à un roman à cause de sa longueur, nous fait vivre intensément la relation qu’entretiennent deux jeunes gens.

200px-Ba_Jin_1938