Les Héritiers de l’avenir.

Henri Troyat couvre dans cette grande œuvre, une période d’une soixantaine d’années d’histoire de la Russie. Il y est question de l’abolition du servage par Alexandre II, des soulèvements d’étudiants contre le régime en place, de l’assassinat du tsar… Sont évoqués Lénine, Tolstoï, Pouchkine…

Klim est serf et vit sous Alexandre II, le grand tsar des réformes qui a aboli le servage et vendu la terre aux paysans. Il sait lire et écrire car il a été élevé avec le bartchouk, le fils du barine auquel il est entièrement dévoué.  Intelligent, fin, sensible, il tient un cahier dans lequel il transcrit tout ce qu’il vit, un cahier qui lui tient de compagnon de route.

Klim en tant que serf n’ayant aucun droit, son maître l’oblige un jour à suivre son fils Vissarion à Moscou pour lui servir de domestique. Klim, malgré sa nouvelle liberté ne proteste pas, habitué qu’il est à obéir aveuglément. Du reste il continuera longtemps à se conduire comme un serf, tant il faudra de temps pour changer les mentalités; autant celle des serfs que celle des seigneurs. En effet, Vissarion, fort de ses origines nobles, et malgré sa lutte contre le servage et toutes sortes d’oppression, se conduira toujours comme le maître de Klim, le rudoyant sans ménagement.

Vissarion est un être léger et frivole qui se laisse facilement persuader par Stopia de faire partie d’un mouvement social révolutionnaire. C’est une vie de clandestinité, d’errance et de fuite dans laquelle ils entraînent Klim et qui finira en Sibérie. Klim désavoue leurs actions meurtrières à l’encontre des têtes pensantes du régime, mais ne se permet pas de dire ce qu’il pense. En effet qu’est-il, lui, un ancien serf face à ces intellectuels?

On les retrouve finalement tous trois à Paris, déjà quelque peu âgés, semblables à eux-même. Klim toujours servant et écrivant dans son cahier; Vissarion et Stiopa toujours avec leurs idées révolutionnaires, mais force leur est de constater que non seulement ils sont de parfaits inconnus en France mais aussi que leurs idées sont dépassées. Ils vivotent dans leur pitoyable appartement entre discussions politiques et querelles.

Extraits: Quand je pense qu’il y a des imbéciles pour souhaiter la libération ds serfs!

Voilà! Depuis des siècles, ils se sont habitués à une soumission qui a pour contrepartie  la sécurité. Tout leur est mâché, peines et joies, besogne et nourriture…

Sais-tu ce que dit mon père? « Si tu aimes le moujik, évite d’en faire un homme! »

Je ne sais s’il plaira à Dieu de me faire encore voyager, mais je suis sûr que je n’oublierai jamais comment je suis venu de Smolensk à Moscou. Une bonne route, à travers un beau pays…

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Le Moscovite d’Henri Troyat.

Le Moscovite est un jeune homme de vingt et un an, dont les parents ont émigré en Russie, sous la Terreur. Armand de Croué est de haute naissance et vit dans la famille Bérenizkoff depuis l’âge de trois ans. Quoique français il se sent profondément russe. Du reste, il parle cette langue aussi bien que la langue de Molière.

Alors, quand Napoléon et ses troupes entrent dans Moscou, un bouleversement le saisit. De quel côté doit-il se tourner? Armand est douloureusement partagé entre les sentiments qu’il éprouve pour la Russie, dans laquelle il a vécu depuis son enfance,et ceux qu’il éprouve pour la France dont il est issu, même s’il ne la connait pas.

Alors qu’il est obligé de fuir sa maison incendiée, Armand est secouru par une troupe de comédiens français, qui l’entraîne malgré lui, à prendre  partie pour la France. Il est aussi contacté par les autorités civiles, plus précisément par Barthélemy de Lesseps, l’oncle de Ferdinand, et alors intendant de Moscou, qui lui demande expressément de faire partie de conseils municipaux mis en place par Napoléon, ayant pour but, soi-disant, de secourir la population démunie de la ville. Cette requête le met mal à l’aise car il a alors le sentiment profond de trahir son pays d’adoption. « J’ai été élevé ici, Monsieur, dit-il fièrement. Les Russes m’ont toujours considéré comme un des leurs. Je ne voudrais rien faire qui pût être interprété comme une soumission à la volonté de l’ennemi déclaré de leur patrie. »

Plus tard en effet il est arrêté et emprisonné car on lui reproche sa trahison envers la Russie qui l’a éduqué et nourri. « La Russie vous a recueilli, vous a réchauffé, vous a instruit, poursuivit Rostoptchine en haussant le ton, et au moment le plus tragique de son histoire, vous l’avez trahie comme un vulgaire laquais prêt à changer de maître si on le paie mieux dans une autre maison! Je reconnais bien là l’esprit versatile, fourbe, égoïste de votre race. » Toutefois dans l’esprit d’Armand il n’y a pas de trahison, car les circonstances l’ont entraîné et contraint à faire des choix.

Blessé, offensé par les milieux russes Armand se décide à partir pour la France avec Nathalie Ivanovna et sa fille Catherine. Mais là aussi il est inquiété par les autorités qui lui demandent des explications sur ses agissements politiques: Est-il pour la France ou pour la Russie?

A travers l’histoire d’Armand, Henri Troyat retrace celle de la Russie à cette époque. Napoléon est perçu comme l’envahisseur, le tyran. Sont aussi relatés l’incendie de Moscou, la fuite de ses habitants, les pillages, la panique, la pagaille, la retraite tragique, les opinions et sentiments des belligérants, les histoires d’amour… Henri Troyat fait rentrer le lecteur dans cette partie de l’histoire qui a tant marqué les esprits. J’ai beaucoup aimé cette œuvre qui est très riche.

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Le Roi Mystère

Gaston Leroux.

Franchement ce livre ne m’a pas enthousiasmée. En fait c’est une réécriture du Comte de Monte-Cristo mais construit autrement. Ce n’est pas qu’il soit déplaisant, (l’écriture et le suspens sont agréables), mais décidément je n’aime pas les histoires de vengeance. Ceux qui appliquent la loi du Talion, dans ces romans, se conduisent d’une manière quasi aussi cruelle que les criminels auxquels ils reprochent leurs forfaits…

Certes on peut le comprendre, le Roi Mystère, à l’instar d’Edmond Dantès, a beaucoup souffert, mais tout de même…

Comme le Comte de Monte-Cristo, Robert Pascal possède beaucoup d’argent et ne lésine pas sur les moyens pour toucher à son but. Ses bureaux, très organisés, se trouvent dans les catacombes de la capitale, milieu fermé et secret d’où il dirige les opérations. Il a pour l’assister un grand nombre de personnes auxquelles il a rendu service en les tirant du bourbier.

Autant il est aimable avec certaines personnes, autant il se montre cynique, intraitable et sans pitié pour ses ennemis. Il attire la sympathie des uns, intrigue et inquiète ceux qui n’ont pas la conscience tranquille.

Surtout ne croyez pas, malgré une critique quelque peu négative, que ce livre n’est pas bon à lire. L’action est très bien menée, l’histoire est pleine de suspens et de rebondissements.

Et puis! Gaston Leroux n’est-il pas le créateur de Joseph Rouletabille?

La Terre qui meurt de René Bazin, ou la lutte pour la survie de la terre

L’histoire se passe en Vendée au milieu des marais

Toussaint Lumineau est métayer. Il adore la terre qui pour lui, est une matière noble, vivante, qui apporte à l’homme. Elle est son amie, il a un lien fort avec elle. Il compte fermement sur la reprise de la métairie par un de ses fils. Pour lui, il n’y a  aucun doute la-dessus. Mais il se heurte à des problèmes qu’il n’avait pas imaginés. Déjà, son fils ainé, Mathurin, est inapte au travail agricole. Son second fils, François trouve la labeur dur et ingrat et préfère quitter la métairie. Il ne reste plus que Driot qui revient de loin, qui est fort content de revoir le pays et dans un premier temps, s’attelle joyeusement à la tache. Mais lui aussi finit par trouver le travail trop astreignant pour le résultat escompté; alors qu’ailleurs, dans des pays lointains la fortune est à portée de mains. Tous ces revers affectent le métayer qui voit une trahison dans la défection de ses fils.

La vie à la métairie n’est pas facile. Elle est dépourvue de paix et de tranquillité. La souffrance de Mathurin, à elle seule engendre un certain malaise. Car, quoique son handicap l’oblige à l’immobilité, il tient à sa place d’ainé, qui est sensée lui conférer l’autorité et une certaine reconnaissance. Du fait, son comportement est composé de résistance amère à la fatalité, de jalousie envers ceux pour lesquels la vie a été généreuse.

Marie-Rose est la fille cadette, gentille, soumise, conciliante, mais elle aime le valet qui a été renvoyé, parce qu’il n’est pas question qu’en épousant la fille de la maison il en devienne le chef.

Belle histoire, dramatique certes, mais qui est adoucie par la description des  paysages qu’en fait René Bazin avec beaucoup de sensibilité et de finesse; et qui se termine agréablement sur une petite note d’espoir.

Extrait. « Ils inspectaient avec le même amour tranquille les fossés,, les barrières, les coins de champ aperçus au passage; ils réfléchissaient aux mêmes choses simples et anciennes, et en eux la méditation était le signe de la vocation, la marque du glorieux état de ceux qui font vivre le monde. »

René Bazin 1853-1932, était le grand oncle d’Hervé Bazin, lui aussi écrivain.

Cette œuvre « La Terre qui meurt », a rencontré un grand succès et a été adaptée au cinéma.

Chaque jour est un adieu d’Alain Remond.

Un petit livre d’une centaine de pages qui se lit très vite, et dans lequel Alain Remond, journaliste, raconte son enfance et sa jeunesse en Bretagne. Une belle écriture lyrique et profonde. Un récit poignant dans lequel l’auteur s’épanche dans une liberté pleine de pudeur et de retenue.

Dix enfants et les parents dans un trois pièces à Trans non loin du Mont Saint Michel. Dans la maison, quand la famille y arrive en 1952, pas d’eau courante, pas de salle de bains ni de WC. On se lavait dans la cuisine avec le broc et la cuvette, à l’eau froide. Les toilettes consistaient en un baraquement situé dans une cour à laquelle on accédait après avoir traversé la route. Pas de jouets non plus. Aussi les enfants se distrayaient-ils en inventant des jeux qui les emmenaient dans un univers qu’ils se créaient eux-mêmes. La forêt toute proche leur donnait aussi nombre de jeux divers.

La vie, dans ces conditions, était loin d’être facile, soutenue par la seule paye du père qui était cantonnier de son état.  Pourtant Alain Remond décrit cette vie comme un paradis, c’est ainsi qu’il la voit quand il était enfant. » On a passé là, dans la cour, des milliards d’heures de pur bonheur ».

L’école, c’était la classe unique, les grands et les petits, tous mélangés, les grands devant aider les petits sous la direction du vicaire instituteur. Après la classe on allait faire un tour chez le forgeron, le sabotier, le cordier, le menuisier pour les regarder travailler.

Cette maison c’était donc la maison du bonheur, mais, tristement, le temps passant, elle est devenue la maison du malheur, car les parents ne s’aimaient plus. Des disputes et des cris sans fin. De la peur, de l’angoisse, la guerre, la haine.

Les relations avec le père, comme dans ces années là, étaient pratiquement inexistantes. Le dialogue, l’échange n’étaient pas dans les habitudes: « Mon père m’était un étranger. J’aurais aimé l’aimer, mais comment faire si on ne sait presque rien l’un de l’autre, si on ne se connait pas? » Ce manque de partage ouvrait la porte à des perceptions fausses et c’est ainsi que Alain Remond a été surpris, plus tard, de voir que son père n’était pas ce qu’il croyait être; mais qu’il était intéressant et possédait des qualités insoupçonnées: « Là je le voyais, je l’entendais: je découvrais quelqu’un d’autre, qui m’étais inconnu. A Trans, à la maison, c’était celui par qui la guerre arrivait.— Ici, dans cette chambre d’hôpital, c’était celui qui faisait rire…  » A la mort de son père, qui le bouleverse, Alain Remond découvre en lui-même des sentiments ambivalents, à la fois soulagement, (dont il a honte) et profonde tristesse.

Ville d'Art et d'Histoire

Ville d’Art et d’Histoire

« Tolstoï : La quête de la vérité » d’Alain Refalo

Je me suis régalée avec ce livre parce que j’ai aimé les idées de ce grand écrivain.

Tolstoï a vécu sous le tsar Nicolas 1er dans son domaine de Iasnaia Poliana, entouré de l’affection des siens. Le peuple lui, était très pauvre, n’avait aucun droit et ne recevait aucune instruction.

Très tôt Tolstoï se rend compte des inégalités sociales et elles le révoltent. C’est un être tourmenté, éprouvant un malaise profond au dedans de lui. Il se met alors à réfléchir et à méditer sur le sens de la vie en lisant toutes sortes d’ouvrages, y compris la bible. Et c’est en lisant cette dernière qu’il découvre ce qu’il cherche, pour lui, la bible contient la vérité. Convaincu alors de la véracité de son message, il oriente sa vie autour du christianisme. Dès lors s’appuyant sur les textes bibliques, il s’insurge contre le pouvoir militaire: »Tu ne tueras point« , les abus de l’État, ceux de l’Église qu’il fustige sans ménagement et dont il souligne les contradictions avec l’évangile, et la peine de mort. Il fonde aussi une école pour les enfants pauvres de son domaine.

Tolstoï rédige nombre d’ouvrages d’opposition à la violence. Pour expliquer sa rupture avec l’église il écrit: Confessions, un Abrégé de l’évangile, (ouvrages censurés) et En quoi consiste ma foi? Il écrit aussi des « Récits populaires« , Contes et Nouvelles, tous imprégnés de la doctrine évangélique, expression de sa pensée. Tolstoï, fidèle à ses convictions opte pour une vie simple car pour lui, elle est la vie authentique.

Toutefois sa femme ne le suit pas dans ces idées. En effet, elle reste attachée au milieu aristocratique et surtout elle ne comprend pas le tournant pris par son mari à propos de la religion, étant elle-même une fervente fidèle de l’Église orthodoxe. Tolstoï ne parviendra jamais à la convaincre et le fossé qui les sépare ira toujours s’élargissant.

Gandhi, touché par « Le royaume des cieux est en vous«  s’est inspiré des écrits de Tolstoï pour mettre en œuvre la résistance non-violente dans ses propres combats. Je me rendais de plus en plus compte des possibilités infinies de l’amour universel.

Enfin à la fin de sa vie, Tolstoï tombe gravement malade. Obéissant jusqu’au bout à ses convictions profondes, il quitte sa maison( trop luxueuse à son goût) et sa famille et s’en va mourir à la gare d’Astapovo, une gare complètement inconnue. Sur son lit de mort il dira: Je vous conseille seulement de vous rappeler qu’il y a au monde beaucoup d’êtres humains en dehors de Léon Tolstoï. Vous n’avez d’yeux que pour Léon..

Pour Tolstoï, la guerre et la plupart des maux dont souffre l’humanité proviennent de ce « sentiment artificiel et déraisonnable », qu’est le patriotisme, car celui-ci engendre l’hostilité et la haine envers les autres peuples.

Pour donner un sens raisonnable à notre existence, il faut exiger des autres le moins possible et leur donner le plus possible. (Lettre à Romain Rolland.)

Romain Rolland, biographe de Tolstoi et de Gandhi, écrira à propos de ces pages qu’elles resteront dans l’avenir comme le « testament spirituel de Tolstoï. »

Alain Refalo est membre du Mouvement pour une Alternative non-violente. Il a réédité aux éditions du Passager Clandestin le maître-livre de Tolstoï sur la non-violence: Le Royaume des cieux est en vous.

La Superbe d’André Chamson

La Superbe, une galère du temps de Louis quatorze, un bateau de combat dont la mission est de protéger les côtes françaises.

La-dessus se trouvent des officiers, et la chiourme composée de tout un ramassis de criminels…et des huguenots condamnés à cause de leur foi. Tous ces misérables subissent une torture journalière faite de coups et d’humiliations de toutes sortes. Mais les huguenots sont encore plus mal traités que tous les autres car leur crime s’apparente à une rébellion envers le Roi. En effet la politique et la religion étant à l’époque liés, les enjeux étaient énormes.

Jean-Pierre Chamson nous emmène dans ce milieu fait de résistance, d’abjectes tortures, d’ignominies; il nous fait rencontrer des hommes courageux, forts dans leur faiblesse, et des tortionnaires obéissant aveuglément à un régime totalitaire, qui ne se posent pas la moindre question sur leurs cruels agissements. A leurs yeux les huguenots n’étaient rien, n’avaient aucune valeur, et puisque ils avaient été condamnés par le roi, c’est qu’ils étaient coupables et qu’il fallait les punir.

Un de ces huguenots est Jean-Pierre Chamson, un homme doux, tranquille et docile qui suit scrupuleusement les commandements de la bible. Tout au long de son emprisonnement, s’appuyant sur sa foi inébranlable, il sera le soutien de ses compagnons d’infortune pour les encourager.

Deux personnes vont s’efforcer de soulager les souffrances de ces hommes: l’aumônier Jean Bion dont le rôle est de faire abjurer aux protestants leur foi en la nouvelle religion instituée par Martin Luther et Jean Calvin, et Lucrèce de Montal, une jeune fille de la haute société.

Extrait:  « L’hiver passa, dans des alternances de coups de soleil et de vent de glace. Les jours de grand froid, les forçats allumaient des feux, sous la tente de leur galère, sans arriver à se réchauffer.— De temps en temps, quelque moribond était emmené à l’hôpital et il éveillait à la fois l’envie et la compassion de toute la chiourme« .

André Chamson était de l’Académie française. Élevé dans la religion protestante, beaucoup de ses récits se passent dans les Cévennes.