Les Braises de Sandor Marai

     Au bout de quarante ans, un vieux général hongrois reçoit dans son grand château, la visite de son ami d’enfance: Conrad. Le général est vieux et il n’a jamais vécu ces dernières années que pour cet instant où, de la bouche de son ami, il pourra enfin connaître la vérité sur ce qui s’est passé un certain soir, il y a si
longtemps!

     Les deux hommes s’installent, après un plantureux diner, devant le feu de cheminée, comme à la dernière soirée avant l’éclatement: même
décor, mêmes fauteuils, mêmes places.

     Le conciliabule se poursuit toute la nuit et au fur et à mesure que le temps s’écoule, le mystère s’éclaircit, la vérité apparait. Mais apparait-elle vraiment? Les deux hommes, autrefois amis, s’affrontent  sur un ton courtois mais ferme, qui ne laisse nullement penser à l’autre qu’il puisse y avoir le moindre doute sur le
passé. Des secrets inavouables sont dévoilés mélés à  des sentiments de colère, d’amertume, de déception, de jalousie et surtout de haine. On cherche à savoir, à comprendre les motivations profondes qui ont poussé à la destruction de cette amitié autrefois si pure et si intime. En effet, les deux hommes avaient tissé un lien fort, basé sur une confiance totale qui excluait toute idée de trahison et qui entendait durer toute la vie. Mais cela est-ce possible? Est-ce qu’une amitié aussi belle soit-elle, peut défier le temps et surtout les circonstances adverses.

    Sandor Marai nous brosse dans cette histoire un tableau sombre de l’amitié qui ne résiste pas aux assauts de l’existence, des reflexions très judicieuses sur ce sentiment qui aujourd’hui se raréfie de plus en plus.

     Très bien.

  Extraits:

     L’ami, pas plus que l’amant, n’a le droit d’exiger la récompense de ses sentiments… il ne devrait pas considérer comme surnaturel l’être choisi mais, connaissant les défauts de celui-ci, il devrait l’accepter avec ses défauts et toutes les conséquences de ses défauts.

     Je me suis souvent demandé si la véritable essence de tous les liens humains n’est pas le désintéressement qui n’attend ni ne veut rien, mais absolument rien de l’autre et qui réclame d’autant moins qu’il donne davantage.

dernieres-braises-1000137928-1251963

Divorce à Buda de Sandor Marai

     Le jeune juge Kristof Komives, spécialisé dans les procès en divorce, compulse un dossier qui l’intéresse particulièrement car il en connait les protagonistes. En effet, c’est lors de ses études qu’il a pu apprécier le talentueux médecin, Imre Greiner, et quand à l’épouse de celui-ci, Anna Fazekas, il l’avait rencontrée quelques fois dans sa prime jeunesse. Toutefois à la veille du procès, Kristof Komives constate qu’il ne se souvient plus de ses traits.

     Kristof Komives est un homme intègre, intelligent, brillant, consciencieux, ayant le goût de la discrétion et de la pudeur. Il est marié à une femme qu’il aime et dont il a eu des enfants. Il mène une vie sobre et tranquille. Le soir précédant le procès, le jeune juge se retrouve dans sa propre maison face à l’homme dont il doit prononcer le divorce le lendemain. Cet homme le supplie de le recevoir car, dit-il il a une question à lui poser.  Cet entretien qui va durer toute la nuit, commence par l’annonce d’une nouvelle tout à fait extraordinaire et continue par la narration que fait Imre Greiner de sa vie avec Anna Fazekas.

    Issu d’un milieu plus que modeste, Imre Greiner épouse Anna Fazekas, une femme qui lui est supérieure en beaucoup de points et qu’il se met à aimer à la folie, sans retenue, d’une manière totale et absolue. Mais au bout de quelques années, cet homme, malmené par la vie, fait la découverte que son amour ne lui est pas rendu, et que sa femme, pourtant tendrement aimée, ne se livre pas entièrement à lui.. Oui Anna Fazekas garde jalousement son jardin secret, celui dans lequel personne ne pénètre, pas même l’homme qui vit au quotidien avec elle. Cette réaction, plutôt blessante, le met au supplice et il se met à chercher, à imaginer plutôt ce qui a pu se produire dans le passé de sa femme. C’est la raison qui l’amène chez le juge.

     Ce que j’en pense: Comme tous les livres de Sandor Marai que j’ai lus, celui-ci m’a plu tout autant. L’auteur nous entraine dans les méandres d’un cœur solitaire qui souffre du constat qu’il fait que l’amour sur lequel il a bâti sa vie lui échappe complètement sans qu’il puisse rien y faire.

    Extrait. « Certes, je ne sais toujours pas ce que ça veut dire: »aimer« … mais peut-on le savoir? Et à quoi bon? Cela n’a rien à voir avec la raison. Sans doute l’amour dépasse t-il la connaissance. Connaître c’est bien peu de chose. Il existe toujours une limite… Aimer, c’est peut-être vivre au même rythme. »

Budapest_Parlament-2_m

Le premier amour, de Sandor Marai

Drame de la solitude.

Psychose.

     Il est professeur de latin dans une classe de terminale. Chaque jour il écrit dans son journal les menus faits de sa journée, tout ce qui lui passe par la tête, ce qu’il ressent, comment il a vécu certaines situations et  son scepticisme face à ce qui se présente devant lui. La vie qu’il mène n’a rien d’extraordinaire,  toujours le même schéma. Célibataire, il habite une maison avec une vieille gouvernante, ne voyage pas, sort à peine.

     Dans sa classe il observe ses élèves.Il remarque Madar, un garçon pauvre, pas très beau, mais brillant intellectuellement, et une jeune fille, Margit qui se tient très souvent avec lui.Tout d’abord, compatissant il rend service au garçon puis petit à petit, il se met à ressentir une aversion tout à fait inexplicable envers lui et le prend en haine sans raison valable. L’amitié entre les deux jeunes gens l’agace au plus haut point et l’obsède continuellement. Que font-ils ensemble? Jusqu’où va leur relation? il se dit qu’il ne peut pas les laisser faire, qu’il a une responsabilité. Toutefois, il est obligé de reconnaître que ce garçon ne lui a rien fait, qu’il ne mérite pas cette haine et poutant il ne peut empécher ce sentiment de l’envahir et de le contrôler.    
   
    Le temps passant, ne pouvant plus tolérer cet amour juvénil, il se met en tête de l’anéantir.    La fin de l’histoire est des plus pathétique. Le professeur, ayant perdu la maitrise de ses émotions, s’engage dans un comportement destructif autant pour lui-même que pour l’étudiant.Extrait.    « Si elle aime Madar, alors moi aussi, je veux aimer Madar. Il faut que je le sache. L’aime- t-elle? C’est un gentil garçon, courageux. Mais si elle ne l’aime pas, je le piétinerai.«     Ce que j’en pense:

    J’ai beaucoup aimé ce livre très bien écrit, au style épuré et fluide, qui raconte sous la forme d’un journal intime toutes les émotions, les angoisses, les doutes, les désirs d’un homme se noyant dans une profonde souffrance. On voit bien là les conséquences malheureuses de la solitude d’un homme, qui n’ayant pas de vis à vis, s’enfonce sans s’en apercevoir, dans de faux raisonnements qui lui seront plus tard préjudiciables.

budapest_09

Libération de Sandor Marai

Thème de l’oeuvre: la fin du siège de Budapest en 1945.

La ville est encerclée. Elisabeth, après avoir caché son père, un célèbre mathématicien recherché activement par la police politique, se réfugie dans une cave obscure avec d’autres personnes. Elle vit là une vingtaine de jours dans le bruit  des explosions fracassantes des canons, attendant la libération. La vie s’organise tant bien que mal dans cet endroit particulier où une population de milieux divers est réunie, des gens qui, dans le quotidien ne se fréquenteraient  pas. Mais il faut bien s’entendre, coûte que coûte et attendre, attendre encore dans la peur et l’angoisse de ce qui peut arriver. Cette immobilité forcée pousse la jeune fille à observer ses compagnons et à réfléchir longuement sur le sens des évènements . On parle des juifs, du fascisme, du communisme, des russes des allemands… et de la libération que l’on attend ardemment, mais anxieusement parce qu’on ne sait pas sous quelle forme elle se produira. Des drames surviennent qui renvoient douloureusement chacun à sa propre responsabilité et l’oblige à se remettre en question. La libération tant attendue,finira par arriver, mais dans d’horribles conditions pour Elisabeth.

Extraits.

    « Il n’existe qu’une sorte de libération, conclut-il avec morgue, avec un orgueil froid. »
-Et quelle est-elle? » demande Elisabeth;
« Quelqu’un d’assez fort pour reconnaître la vérité de sa propre nature, dit l’homme, la personne qui a cette force-là est proche de la libération. Elle l’accepte, sans en être blessée, parce que c’est la vérité. Et dans la mesure de ce qui est humainement possible, cette personne vivra sans faux désirs. C’est tout ce que nous pouvons faire. »

Les révoltés de Sandor Marai

Ecrivain hongrois, né en 1900, s’est suicidé en 1989.

Thème de l’ oeuvre: adolescence

Très bonne description des états d’âme des personnages.

Cinq jeunes adolescents de milieux divers, se regroupent en bande dans le but de se soustraire à l’autorité des adultes et premièrement à celle des pères qu’ils abhorrent. Ils commencent par inventer des jeux complètement saugrenus, puis ils continuent par le vol, pour acheter toutes sortes d’ objets hétéroclites, des costumes absurdes… Ils se créent ainsi un monde bien à eux avec des règles et des secrets.Ce monde extravaguant les fait vivre dans une espèce d’illusion, toutefois mélée de crainte, car ils appréhendent à juste titre la fin de leur histoire qui coincidera avec le retour des pères et les comptes qu’il faudra bien régler.
Bien que vivant en clan, et s’être choisis, ces jeunes gens ne vivent pas en entente parfaite. Petit à petit, des rivalités, la jalousie, l’envie et la trahison surgissent parmis eux, et finalement, ce groupe, que ces adolescents avaient formé, dans l’espoir d’une vie meilleure, leur devient une angoissante prison.

Extraits
    » Oui Abel et Tibor pouvaient parler des pères. C’ était la source de tous les malheurs. Leurs pères leur mentaient ou leur faisaient  des réponses évasives pour masquer leurs vraies pensées. »

    » Ce moment serait décisif.Le bras de son père se lèverait peut-être en brandissant les foudres. Mais il n’était pas impossible qu’au contraire son père l’attirât à lui, l’étreignît et l’embrassât. Et tous deux se regarderaient longtemps, troublés.

Métamorphoses d’un mariage de Sàndor Màrai

Sàndor Màrai se penche dans cette œuvre très intéressante sur la bourgeoisie, le prolétariat et les relations entre les hommes et les femmes. Il fait raconter à l’épouse, son mari et la domestique leur histoire personnelle qui nous permet de pénétrer leur cheminement intérieur.

    Illonka est mariée avec Peter, mais elle n’est pas heureuse. Bien qu’elle vive très confortablement avec lui, elle se rend compte qu’il a des secrets, une vie de laquelle elle est exclue, alors qu’elle l’aime profondément. Elle ne comprend pas ce qui se passe, elle sait juste qu’elle n’est pas aimée.Décidant de réagir, elle cherche à percer le mystère, et ce qu’ elle découvre lui fait comprendre qu’elle ne peut rien faire.

    Extraits  « J’ai compris que mon mari (que j’avais cru entièrement à moi) ne m’appartenait pas, que j’avais épousé un étranger, un étranger qui avait une part secrète. »

    « J’ai dû encore admettre ceci : mon mari ne pouvait être mon confident que jusqu’à un certain point et, dans certains domaines, il restait un étranger aussi mystérieux. . . »

    Peter est un être compliqué. Issu de la très haute bourgeoisie, insatisfait, il cherche un sens à sa vie. Tout en affirmant souffrir d’une certaine solitude, il aime être seul ce qui explique en partie, qu’il méprise l’amour d’Illonka à qui il reproche sa vanité (alors qu’il est lui même vaniteux), ainsi que sa naissance dans un milieu inférieur au sien. (petite bourgeoisie). C’est sa fierté de bourgeois qui lui fait refuser la tendresse de son épouse.  »     « Par vanité, j’ ai eu peur de céder à ce chantage noble et complexe (accepter l’amour qui vous est donné.) »
Mais la raison principale qui l’éloigne de sa femme, c’est qu’il en aime une autre. Et cette autre n’est jamais que la domestique qui travaille chez ses parents, une paysanne sans éducation mais dont il tombe amoureux. Il  s’aperçoit qu’il émane de cette femme quelque chose qu’il ne connait pas, qu’il n’avait jamais vu dans sa famille (qui vivait d’ une manière très stricte), et dans laquelle il s’ennuyait. Et cela le séduit. Croyant pouvoir se libérer de cette lassitude, de cette mélancolie qui l’emprisonnent, il s’accroche à cette femme, croyant trouver dans cette nouvelle relation ce qu’il cherche depuis longtemps.

    Mais « Deux êtres humains ayant vraiment quelque chose en commun ne peuvent vivre ensemble avec un secret dans leur cœur. »

    Judit n’aime pas Peter mais accepte tout de même de l’épouser. Opportuniste, elle n’a aucun scrupule pour profiter de la situation. Elle raconte à sa façon  la vie des grands bourgeois de l’entre-deux- guerres.