Hommage aux mères

       Ce petit texte m’a tout à fait séduite car il parle de ces femmes dont on  parle peu, pensant que ce qu’elles accomplissent au quotidien, n’a rien d’extraordinaire.

                L’héroïsme de la mère ordinaire.

    Il doit bien y avoir à ce jour des milliers de héros dont personne n’a jamais entendu parler. Mais ils existent. Ils sèment secrètement la semence dont nous cueillons la fleur et mangeons le fruit et nous ne nous rendons pas compte que nous croisons ce genre de semeur tous les jours dans la rue.

  Une des formes que prend cet héroïsme -la plus courante et pourtant la plus oubliée- est bien celle de la mère de famille ordinaire.

    Ah! quand je pense à ce fait incroyable, je reprends espoir pour notre pauvre humanité; notre triste monde devient plus lumineux   – comme si notre univers malade redevenait plus sain parce que malgré tout ce qui lui manque, il ne lui manque pas de mères.

                                                                                                                                   Charles Kingsley.

La mère laborieuse

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Nous dormirons ensemble

 
                                                      Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
    Dans l’enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
    C’était hier que je t’ai dit
Nous dormirons ensemble
    C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi de chemin
    J’ai mis mon coeur entre tes mains
Avec le tien comme il va l’amble
    Tout ce qu’il a de temps humain
Nous dormirons ensemble.
    Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
    J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
    Aussi longtemps que tu voudras

Nous dormirons ensemble.

Louis Aragon

roses Manet

La chenille

Elle sort d’une touffe d’herbe qui l’avait cachée pendant la chaleur. Elle traverse l’allée de sable à grandes ondulations. Elle se garde d’y faire halte et un moment elle se croit perdue dans une trace de sabot du jardinier.

Arrivée aux fraises, elle se repose, lève le nez de droite et de gauche pour flairer;  puis elle repart et sous les feuilles, sur les feuilles, elle sait maintenant où
elle va.

Quelle belle chenille, grasse, velue, fourrée, brune avec des points d’or et ses yeux noirs !

Guidée par l’odorat, elle se trémousse et se fronce comme un épais sourcil.

Elle s’arrête au bas d’un rosier.

De ses fines agrafes, elle tâte l’écorce rude, balance sa petite tête de chien nouveau-né et se décide à grimper.

Et, cette fois, vous diriez qu’elle avale péniblement chaque longueur de chemin par déglutition.

Tout en haut du rosier, s’épanouit une rose au teint de candide fillette. Ses parfums qu’elle prodigue la grisent. Elle ne se défie de personne. Elle laisse monter par sa tige
la première chenille venue. Elle l’accueille comme un cadeau.

Et, pressentant qu’il fera froid cette nuit, elle est bien aise de se mettre un boa autour du coup.

Jules Renard

Chenille

L’étranger

.– Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerai volontiers, déesse ou immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages!

Charles Baudelaire
Le spleen de Paris,Petits poèmes en prose.

ciel-et-nuages.

L’ennemi

    Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé ça et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j’ai touché l’automne des idées,
Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

-ô douleur! ô douleur! Le temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie.

Charles Baudelaire
(Les Fleurs du Mal)
orage

Mon rêve familier

    Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse?- Je l’ignore.
Son nom? Je me souviens qu’il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

Paul Verlaine
(Melancholia,VI)

Le bonheur du foyer

Le père trouve cette musique stupide;
mais Christophe ne s’en lasse pas. Il retient son souffle, il a envie de rire et de pleurer,
son cœur est ivre. Il ne sait pas où il est, il déborde de tendresse, il passe ses petits bras
autour du coup de sa mère et l’embrasse de toutes ses forces. Elle lui dit en riant:
« tu veux donc m’étrangler? »
Il la serre plus fort. Comme il l’aime!
Comme il aime tout! Toutes les personnes,
toutes les choses! Tout est bon, tout est beau… Il s’endort. Le grillon crie dans l’âtre.
Ah! Que c’est bon de vivre!

                                                                                                                                     Romain Rolland

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